Dr Friandise

Une fois n’est pas coutume. Mais comme ma vie n’est pas très palpitante en ce moment, et pour entretenir un semblant d’activité sur le blog, voici quelques nouvelles de mon remplacement chez Friandise.

Dr Friandise, c’est copyright Lucette, 70 ans et des brouettes au compteur. Le pire, ou le plus drôle, je crois, c’est qu’elle l’appelle comme ça avec une désinvolture pleine d’innocence. Enfin, c’est à dire que si elle l’appelle Friandise, c’est parce qu’elle pense que c’est vraiment son nom. Pourtant, à deux lettres près, on peut difficilement se méprendre. A moins que ce soit à cause de son côté loukoum et cheveux gras-mouillé. Et puis aussi, sans doute, le fait que Lucette prenne son somnifère au petit déjeuner y contribue-t-il un tantinet. «C’est pour ça que je dors mal la nuit !», m’avait-elle répondu quand je lui avais signalé que le cachet, là, c’était celui qu’elle devait prendre le soir. De l’importance d’écrire sur l’ordonnance :

NomDuSomnifère : 1 le soir

Et non pas :

NomDuSomnifère : 1 par jour.

Notons au passage que son pilulier était préparé par l’infirmière.

Sans ça, Lucette est une mamie adorable, qui voue un amour inconditionnel à Hugo le dragon barbu qu’elle a voulu me coller dans les bras pour une séance piloupilou-sur-le-bidon-il-aime-ça-écoutez-il-ronronne-presque (le dragon, pas moi). Séance que j’ai refusée quand j’ai vu que l’iguanodon se nourrissaient de grillons aussi gros que mon pouce.

Hugo

Donc le Dr Friandise est, à mon humble avis, un gentil charlatan, dont j’ai la très grande faute de continuer à le remplacer. Alors après tout, j’ai beau jeu de cracher dans la soupe me direz-vous. (J’en connais des qui vont dire que ces salauds de remplaçants ne font qu’à cracher à la gueule des remplacés, suivez mon regard… Coucou !)

Mais voyez vous, il faut bien nourrir son homme, et si j’avais jusqu’à il y a peu un remplacement régulier chez mon propre médecin traitant, accessoirement médecin de famille dans le village où j’ai grandi, et chez qui j’ai donc vu passé en consultation mes anciennes maitresses d’école et dames de cantines avec lesquelles je n’ai pas toujours été un modèle d’exemplarité («ah, et donc tu es devenu médecin?» sous-entendu : on doit vraiment être en rade de toubibs pour qu’il t’ai filé ton diplôme), j’ai du rendre mon tablier quand la remplaçante attitrée a fait son retour de congé maternité. Oui, parce qu’en fait, j’étais le remplaçant de la remplaçante. Enfin bref, tout a une fin, et j’en suis d’ailleurs très contrarié puisque la-dite remplaçante qui ne souhaite pas travailler plus de deux jours par semaine refuse de remplacer son remplacé (vous suivez?) lorsque celui-ci a un imprévu et que donc, c’est vers moi qu’il se tourne ensuite pour boucher les trous. Et si ta remplaçante est une gourdasse coco, fallait me laisser le job!

Enfin donc me voila à errer comme une âme en peine, de remplacement en remplacement, de cabinet en cabinet.

Bon, en vrai, c’est un choix aussi. Car le remplacement régulier, c’était bien, mais pour avancer cette putain de thèse, c’était moyennement rentable comme affaire (oui, parce que pour l’instant je ne suis pas encore docteur. Notez que je n’usurpe aucun titre car mon tampon dédié à cette activité et sobrement estampillé «Foulard, remplaçant», et qu’il n’y a que sur internet que je suis un charlatan). Le lundi, je le passais donc à bosser au cabinet, mais comme je n’y retournais que 2 jours plus tard, je blindais ma journée. Du coup le mardi était consacré à la prise des rendez-vous que je n’avais pas eu le temps de prendre avec les spécialistes pour les patients vus le lundi, aux courriers et aux diverses tâches passionnantes que sont les échanges épistolaires avec l’URSSAF, la CPAM, etc. De fait, le mercredi était alors dévolu au repos du guerrier, pour récupérer du lundi et du mardi, et en prévision de la journée de remplacement du jeudi. Et le vendredi, rebelote, rendez-vous spécialistes, CPAM et URSSAF mon amour. Et c’est ainsi que la thèse a disparu pendant 6 mois sous une couche de poussière et de gravillons de la litière du chat qui en avait fait son poste pour surveiller les oiseaux du jardin, pour ne refaire surface que lorsque la gourde eut pondu son gosse.

Mon activité se résume maintenant à un samedi sur deux dans un cabinet fort agréable (chez mon ancien maître de stage, de l’opportunité et du retour sur investissement à la maîtrise de stage, où comment joindre l’utile à l’agréable, bien que d’après mon expérience chez deux autres maîtres de stage et l’expériences d’autres internes, ce soit assez souvent une occasion de joindre l’utile à l’utile pour certains maîtres peu scrupuleux), à quelques gardes en maison médicale les samedis et dimanches et qui constituent une grosse moitié de mes revenus pour un temps de travail somme toute dérisoire (et je comprends pourquoi certains en font une activité à part entière, travailler moins pour gagner plus, bien qu’il soit alors nécessaire d’être très peu exigeant sur ce que vous donne droit 10 années d’études), et à quelques semaines éparses chez Friandise, qui, aux dires des patients, n’a jamais pris autant de vacances depuis que je suis là.

Donc Friandise, qui mêle allègrement l’homéopathie, la micronutrition, la mésothérapie (mon dieu j’espère qu’il n’en a plus que le titre sur ses en-têtes d’ordonnances étant donné l’état pitoyable de son matériel), la géobiologie et la naturopathie auxquelles il ne prétend aucune compétence mais qu’il accepte volontiers de conseiller à ses patients, et le tout saupoudré de la visite médicale triquotidienne, a fort heureusement une patientèle assez nomade et il se trouve toujours quelques nouveaux pour se satisfaire de ma médecine plus conventionnelle. Mais même après plusieurs passages chez lui, je suis toujours aussi étonné d’entendre un patient me dire qu’il paye habituellement un supplément de 1 euro s’il règle par carte bancaire, ou bien que le renouvellement d’ordonnance pour le conjoint non présent à la consultation est lui aussi facturé 23€.

Je passerai sur les joies de travailler avec une patientèle habituée à ce qu’on lui satisfasse aux moindres de ses désires («allo, il me faut un rendez-vous en urgence, j’ai plus de médicaments pour mon diabète. Comment ça vous ne voulez pas me recevoir aujourd’hui alors que je vous appelle à 18h30? Et bien je vais vous dire monsieur, vous êtes, vous êtes, vous êtes… MECHANT»…).

Pif paf pouf. Et j’ai encore accepté de le remplacer 3 fois, d’ici fin aout. 2 semaines à chaque coup. D’un autre côté, je n’ai encore rien signé. Mais j’ai tellement la trouille de ne rien trouver…

 
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11 réponses à Dr Friandise

  1. Souristine dit :

    Ahhhh, la trouille de ne rien trouver… Je lui dois mon rempla le plus foireux (profil de patientèle et de pratique assez voisin de ton DrFriandise). Au final, entre les périodes creuses et les fastes, ça s’équilibre au bout de plusieurs mois, surtout avec quelques gardes pour assurer la sécurité alimentaire.

    Et sinon, tu ne serais pas UN BRIN condescendant avec les jeunes mamans qui limitent volontairement leur activité ?

    • drfoulard dit :

      :) Très honnêtement, je comprends tout à fait qu’elle limite volontairement son activité, elle a bien raison, surtout qu’il y a une grosse activité et que les journées sont assez épuisantes dans ce cabinet. C’est plutôt une pointe de jalousie en fait. Et la jalousie me sied mal ;-)

  2. docteursachs dit :

    Ben moi aussi j’ai une remplaçante enceinte qui va me laisser tomber quelques mois, tu veux la remplacer pour mes prochains congés en juin et septembre?
    Je ne crois pas avoir de patients reptilophiles, mais ils ont l’air d’être un peu mieux cadrés que ceux du dr Friandise, et pas de VM à l’horizon.

    Hors taquinerie, c’est une des raisons majeures qui m’ont fait prendre la décision de l’installation, même si j’avais fait le tri dans les cabinets où je remplaçais régulièrement, il y avait toujours des trucs que j’avais du mal à cautionner.
    Maintenant, si des conneries sont faites, ce sont les miennes et je les assume!

    • drfoulard dit :

      Ah non! Marre de remplacer les remplaçantes enceintes. Tu commences à t’accrocher aux patients quand c’est le moment de rendre la place.

      En vrai, j’ai un rempla régulier prévu à partir de septembre, pour une durée de 4 mois. Un truc bien en plus. Et je vais remplacer… roulement de tambours… une remplaçante enceinte. TADAMMMM

  3. Babeth dit :

    Rhaaaa mais purée, regroupez-vous, ouvrez une maison de santé de docs-twittos et embauchez une aide-soignante pour l’accueil!!! (Hein? Quoi? Une aide-soignante? Où ça?) :-)

    • drfoulard dit :

      Si tu veux, je crois que la secrétaire de Friandise est cassée… Du moins, elle fonctionne pas très bien. Juste pour que tu viennes rigoler un peu avec moi.

  4. Romain dit :

    Merci pour ce nouveau post attendu depuis longtemps !

  5. Okita dit :

    Euh en passant :choisir de ne travailler que 2 jours par semaine après avoir eu un bébé ne fait pas nécessairement d’elle une gourdasse ;-) Y a vraiment une incompréhension envers les femmes médecin en France…

    • drfoulard dit :

      Non, que je précise, comme je l’ai déjà dit à Souristine (Cf commentaires précédents), la remplaçante a ABSOLUMENT raison. Et c’est de ma part un élan de mauvaise foi et de profonde jalousie car :
      1. C’est elle qui a le titre de remplaçante officielle, et elle a bien de la chance
      2. Elle a le courage de dire non, ce qui n’est pas mon cas, et je l’admire pour ça.
      Donc pour être honnête, je ne lui en veux absolument pas.

  6. Okita dit :

    Tu verras quand tu auras des bébés,tu apprendras à dire non pour ton propre équilibre! ;-)

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