Un samedi matin

Il fait encore nuit. Derrière la porte fenêtre du cabinet, les lampadaires se reflètent sur le parking humide. Je suis arrivé bien plus tôt que prévu. Personne sur la route le samedi. Surtout à cette heure là.

Voila, la compta est terminée et j’ai fini le tri du courrier.

Hier, la journée a été chargée et fatigante. Je n’ai pas eu le courage de m’occuper de cette paperasse avant de partir. J’ai préféré venir plus tôt ce matin.

Faut dire, si je n’avais pas accepté de voir tous ces patients, ça aurait peut-être été un peu moins la course. Mais le début de semaine a été calme. Trop calme. Et mes angoisses de salle d’attente vide sont revenues… Alors forcément, arrivé le vendredi en n’ayant pas vu grand monde jusque là, j’ai accepté toutes les demandes. Un peu comme les jours où je n’ai pas une minute pour avaler un morceau. Je saute sur le placard à gras en rentrant le soir. Le poids c’est une question d’équilibre entre les entrées et les sorties. Mon cul.

Je jette un coup d’oeil à ma montre. 8h. J’ai encore le temps de me faire un thé avant l’arrivée du premier patient. Je vais pouvoir en profiter pour lire les blogs des copains.

Aujourd’hui s’annonce calme. Le premier patient est prévu pour 8h40. S’il vient. Le samedi, les faux bonds de début de journée sont relativement plus fréquents que le reste de la semaine.

J’ai prévu des créneaux jusqu’à 14h, mais je vais peut-être réduire. Rester là à attendre l’hypothétique patient, c’est encore pire.

Ça me tracasse.

3 fois que je relis la même phrase de ce billet sans m’en rendre compte. Je n’arrive pas à fixer mon attention. Ce n’est pas ce matin que je vais rattraper mes lectures en retard.

J’ai laissé mon thé infusé trop longtemps. Imbuvable.

Je râlais pendant le remplacement précédent. Les journées étaient complètes une semaine à l’avance, et les créneaux d’urgence n’étaient jamais suffisants. Mais ça avait ce côté sécurisant d’une bonne journée de travail assurée.

Dans le cabinet actuel, quand j’arrive le matin, le planning est aussi vide que l’autre était plein. Et la demande est très variable d’un jour sur l’autre.

Lundi, je commence un nouveau rempla. Une semaine. Ce sera la première fois chez ce médecin.

Il y a quelques jours, la secrétaire m’a appelé pour connaître mes horaires. Elle commençait à avoir des demandes de consultations. Visiblement, je devrais travailler un peu plus qu’ici. Tant mieux.

Reste juste à savoir si les habitudes du remplacé ne seront pas trop différentes des miennes. C’est parfois difficile de concilier sa façon de travailler avec celle à laquelle les patients sont habitués.

Ici, les journées sont calmes, mais au moins, le médecin que je remplace a des méthodes assez proches des miennes. C’est peut-être aussi ça qui agite mes nuits. Sa façon de travailler, la mienne, et si peu de patients.

8h20. La première patiente est là. C’est déjà ça.

 
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9 réponses à Un samedi matin

  1. Fluorette dit :

    Je ne sais pas si on perd un jour cette angoisse que les gens ne viennent plus. Elle s’estompe avec le temps je pense.
    Je me suis installée, j’ai beaucoup dit non, j’ai fixé mes limites. Beaucoup sont partis. Les semaines creuses, j’ai flippé ma race, vraiment. Et au bout d’un an, finalement, ça va. Financièrement ça va. Et moralement je suis moins fatiguée que quand je remplaçais parce que c’est dur de s’adapter à la façon de bosser de quelqu’un. Oh je suis fatiguée par la charge de travail, mais je travaille comme je veux.
    Et Associé m’a appris à me casser tôt du cabinet quand il n’y a pas de boulot, les périodes creuses aident à supporter les périodes surchargées.
    Travaille comme tu veux travailler.
    Ne t’inquiète pas, ça ira.

  2. Moi je piquais des crises au téléphone avec ma secrétaire  » je n’ai personne, les patients ne m’aiment pas », puis avec le mauvais temps, les épidémies revenant, je pestais dans l’autre sens.
    Bref, profiter de classer les examens et voir les copains quand il n’y a personne, dégainer les barres Gerlinéa quand on frise les 50 par jour.
    Bon courage

  3. dalidaleau dit :

    J’aime le samedi matin, tôt, le silence du cabinet avant l’entame.
    J’aime ce billet.

  4. Je ne sais pas ce qui est le pire, quand les journées sont creuses : l’angoisse financière ou l’angoisse affectivo-professionnelle de se dire que les gens ne t’aiment pas/plus ou n’ont pas confiance en toi… Je ne m’y attendais pas, mais le rempla exclusif, c’est beaucoup de remise en question finalement…
    Bonne continuation à toi, Foulard, et au plaisir de se (re)voir pour discuter autour d’un thé pas trop infusé ;-)

  5. nfkb dit :

    bon… va falloir qu’on cause thé.

    Parce qu’avec un Yunnan de qualité, même si tu le laisses un peu trop longtemps ça reste bon.

    Sûr qu’avec un thé « parfumé » l’oubli du sachet (< quelle horreur) rend la liqueur imbuvable

    voilà, c'était la minute "j'me la pête" de nfkb ;)

  6. Babeth dit :

    Bon, forcément, l’angoisse du samedi matin, j’ai pas, mais j’aime quand même beaucoup ce billet, voilà. Il est calme, il se lit avec une tasse de thé à la main…

  7. Anerick dit :

    Les périodes creuses c’est bien, les périodes agitées c’est bien aussi. L’important pour notre survie est que cela ne dure ni dans un sens ni dans l’autre.

  8. murmure dit :

    la patientèle, ce n’est pas juste. Les critères pour garder un médecin sont tellement aléatoires (proximité, horaires, disponibilité, feeling, habitude,…)
    Et la médecine, c’est effectivement un balancier entre « trop » et « trop peu ». Bon, au début de mon installation, c’était toujours peu mais j’avais des activités extérieures, ce qui fait que c’est devenu juste par moments. Puis, j’ai réduit ces activités et je balance effectivement entre les semaines/journées creuses où il faut apprendre à mettre ce temps à profit pour le rangement, l’administratif et les semaines où juste gérer au jour le jour est déjà difficile.
    Quel que soit le type de médecine que tu fais.
    je ne sais pas comment tu travailles, mais évidemment que si ton remplacé voit 40 patients par jour, tu auras plus de boulot comme remplaçant que s’il en voit 20. Mais je n’ai toujours aucune idée hors épidémie comment on peut voir correctement 40 patients par jour. Et puis les patients qui aiment beaucoup leur médecin ont tendance à l’attendre plus que ceux qui n’y sont pas plus attachés que ça.
    Bref, en fait, ça ne présage de pas grand chose si un jour tu t’installes…

    (moi, ce qui m’épates, c’est que tu bosses le samedi. Perso, le samedi c’est la garde!)

  9. DocAlly dit :

    Je n’ai pas encore expérimenté cette angoisse. Sur les quelques remplas faits, un seul me laissait des après-midis très calmes, j’en profitais soit pour partir, avancer ma thèse ou autre. La dernière solution en date a été de remplacer deux médecins en même temps, j’ai pas chômé.
    Ce qui est pénible, c’est de coller aux habitudes du remplacé. Personnellement, un de mes remplacés pratique beaucoup sans rendez-vous, fait pas mal d’ordo de dépannages hors consultation. Les peu de fois où j’ai essayé d’expliquer aux patients que je ne pouvais pas faire d’ordo sans les connaître, ça s’est pas très bien passé.

    C’est vrai que ça ne veut rien dire vis-à-vis de toi. Les patients sont toujours réticents à aller chez un remplaçant. Je trouve que souvent on reçoit les patients qui justement n’ont pas de médecin fixe. Ou dans les grands cabinets, c’est plus simple, ils ont davantage l’habitude de prendre tel ou tel médecin en fonction des disponibilités.

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