Bonjour, j’suis l’médecin

Globalement, j’ai plutôt un bon contact avec les patients. Le seul problème, c’est que je donne l’allure d’un lycéen prépubère qui aurait sauté 3 classes. Ce qui me rend parfois peu crédible auprès de patients attachés aux apparences. Bon, pour être honnête, aujourd’hui, l’internat aidant, je fais un peu plus vieux, j’ai pris quelques cheveux blancs, et je laisse pousser mes 3 poils de barbe clairsemés (chose parfaitement ridicule et inutile vues les réactions que je me prends encore parfois dans les dents). J’ai même essayé la chemise mais c’était pire : non seulement je gardais ma tête de lycéen, mais en plus je faisais premier de la classe. Or tout le monde déteste les premiers de la classe. C’était horrible.

Certains patients, inquiets de voir qu’un pseudo médecin allait s’occuper d’eux, essayaient d’y mettre les formes, tournaient autours du pot, « rholalaaaaa vous êtes bien jeeeuuuune docteuuuurrr », en regardant par dessus mon épaule pour voir s’il n’y avait pas un vrai médecin caché derrière qui pouvait venir les sauver d’une mort certaine.

Avant je le prenais comme une faute personnelle, comme s’il était de mon devoir de leur prouver ma réussite brillante à 7 années de médecine.

Puis j’ai eu une période où je me payais leur tête. C’était ma vengeance personnelle. Je m’étais même donné un challenge : voir jusqu’à quel point je pouvais leur faire croire que j’étais jeune. Je leur ai fait croire tout et n’importe quoi : que j’avais 20 ans, que j’avais eu mon bac à 16 ans, que j’avais sauté la 5ème et la 4ème du collège en même temps, jusqu’au jour où j’ai voulu faire croire que je faisais mon stage de 3ème  en entreprise. Là ils ne m’ont pas cru.

Le pire c’était en pédiatrie : premier stage d’internat, en plein hiver, premières responsabilités, premières gardes tout seul, ma trouille à gérer, celle des parents qui pensaient que leur gamin allait y rester. Et moi je débarquais, avec mon air complétement flippé et halluciné « bonjour j’suis le médecin… ». Autant dire que pour inspirer la confiance, c’était un plan plutôt moyen. Au final, une fois sur deux ça se terminait par « et sinon on voit pas le médecin avant de partir ? ». Et là, j’avais envie de m’asseoir et de me mettre à pleurer.

Aujourd’hui ça se passe mieux. L’assurance, l’air de savoir même quand je suis complètement largué, tout un art, je maîtrise. De temps en temps y’en a bien un qui tente le coup, mais je le recadre avant que ça dégénère. « Mais vous êtes jeune docteur ! Oui madame, je suis jeune, mais j’suis le meilleur ». (Bon en vrai, c’est une copine qui l’a faite celle-là, moi j’ai pas encore osé).

Juste l’autre jour j’ai cru que j’allais en passer une par la fenêtre. Dernière année de médecine quand même, je fais des rempla, dans 10 mois c’est moi qui vous soigne tout seul. Donc totale maîtrise. Ce jour là, j’étais sensé m’occuper des urgences adultes, mais ma collègue de pédiatrie était complètement débordée par un flot ininterrompu de rhinogastrobronchiolotites. Alors quand la dame est arrivée avec son gamin de 5 ans qui respirait comme une patate et dont la couleur évoquait plus un schtroumpf qu’un garçon normalement portant, je me suis gentiment proposé pour m’en occuper. Bref, au bout d’une heure d’aérosols, de corticoides, d’auscultation sous toutes les coutures, je l’ai rendu à sa charmante de mère, lui souhaitant un bon retour. Laquelle m’a répondu de façon tout aussi charmante « on nous avait dit qu’on verrait le médecin avant de partir »… Je pense que je devais être mal luné ce jour là (fatigue, quatrième garde en 10 jours, 22ème heure d’affilée, pas manger depuis 12 heures, je sais pas). Bref, moi, pas aimable du tout « et vous croyez que je suis quoi ? Garde chiourme ? ». Elle m’a regardé de haut en bas, avec tout le dédain et le mépris qu’une mère revendicatrice et possessive peut avoir, a bredouillé un « grmoupf, médecin plus grmudmrf, vieux, grmmmrfff, moins grmgrmgmff jeune».

Je me suis barré, lui ai claqué la porte au nez, et lui ai dit d’aller se faire foutre (après avoir vérifié que la porte était fermée)

 
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22 réponses à Bonjour, j’suis l’médecin

  1. Côme dit :

    Je suis à peu près dans le même cas que vous, sauf que je suis prof. Et autant les élèves m’ont rarement fait des remarques (peut-être la peur de se faire saquer tout le reste de l’année…), autant les parents et le personnel ne s’en prive pas, voire même s’en prive rarement… Au début j’encaissais sans rien dire, et puis j’ai commencé à me construire une petite réserve de remarques sarcastiques. Ça soulage.
    Je retiens à ce propos le « oui je suis jeune, mais je suis le meilleur », il faudra que je l’essaye !

  2. Docteur_V dit :

    Penses à toutes ces filles que l’on prend pour l’infirmière.

  3. Psylène dit :

    Vécu aux urgences psychiatriques, avec un patient agressif pour lequel une HDT était indiquée (= hospitalisation sous contrainte pour le soigner alors qu’il ne se rend pas compte qu’il en a besoin) : « ce n’est pas avec ta petite tête de jouvencelle que tu vas me garder de force ! » Réponse : « Non, Monsieur, c’est avec mes 10 ans de médecine… ».
    J’ai souvent entendu les patients qui répondent au téléphone à leurs proches « attends, je suis avec une petite infirmière, là »… « Heu, chuis votre médecin… »
    Mais, pour avoir répondu « c’est vrai, je n’ai pas pris de retard dans mes études », j’ai parfois aussi eu du « ah, vous êtes brillante… »
    Enfin, quand ils rencontrent quelqu’un qui prend la peine de les écouter et de leur donner des explications, ils sont souvent si contents qu’ils oublient mon âge (bref, il faut tout de même le « payer » un peu…).
    Courage, c’est un défaut qui se corrige tout seul, et parfois plus vite qu’on ne croit…

  4. Docteurmilie dit :

    Tellement vrai!
    Ca me fait penser a l episode de Friends dans lequel Phoebe accouche,quand elle reclame un vrai medecin et qu elle fait pleurer le ptit jeune…
    Le plus beau que j ai eu c est interne en diabeto, hopital de semaine, le vendredi, 5 eme jour ou la patiente n’avait vu que moi , elle me demande: » mais vous etes qui? L’assistante du docteur? »
    J ai encore eu le droit deux fois aujourd’hui à des remarques sur mon âge… Mais c plutôt du genre vous connaissez plein de choses malgré le fait que vous êtes jeune… C plutôt positif mais les remarques ne s arrêtent jamais …même maintenant que je suis un vrai docteur comme je leur dit …

    • drfoulard dit :

      Maintenant je me plains moins! En stage, je m’en fous un peu, et si je vois que le manque de confiance risque de poser problème, je leur propose d’être vu par un autre médecin.
      Et en rempla, même s’ils sont sceptiques la première fois, comme ça se passe généralement bien, ils reviennent sans souci les fois suivantes.

  5. Martin Minos dit :

    J’aime bien, ça me rappelle tant de souvenirs :-)
    Ne t’inquiète pas ça va passer vite.

    • drfoulard dit :

      En même temps c’est bien pratique. Quand je suis à l’hôpital et que je veux pas qu’une VM ou une famille me dérange (repas, pause, juste pas envie, …) j’enlève ma blouse, je l’accroche derrière une porte, et ni vu ni connu, personne ne se doute que je suis un des médecins du service…

  6. Baggout dit :

    Je suis en 4e année de droit, j’ai fait un stage d’une semaine en Commissariat de Police, Le jeune auxiliaire de sécurité qui s’est occupé de moi à l’accueil, m’a tenu a peu près ce langage :
    « - Tu restes combien de temps ?
    - Seulement une semaine, je pense que je vais tourner un peu dans tous les services…
    - Ah tu fais ton stage de 3e ?
    - Euh, non de 4e …
    - Mais attends t’es qu’en 5e ?
    - ANNEE, 4e ANNEE ! APRES le bac … »
    20 ans, j’en parais 12 … je le vis bien.

  7. BabydoOc dit :

    Je me suis rendue compte que les patients nous voient pas simplement « jeunes », notre âge est tellement indéterminé qu’ils nous voient « bébé », c’est pour ça qu’il est trop facile de faire croire qu’on est mineur; je comprends que ça les inquiète quand ils croient que j’ai 17 ans! En fait s’il savent qu’on en a 30, ça passe, c’est un jeune médecin mais quand même un médecin, quoi… Du coup maintenant à la remarque « vous êtes jeuuuune! » je réponds « oh, pas autant que vous le pensez », avec un petit sourire, ça marche bien.

  8. zosteria dit :

    Anecdote d’époque.
    J’ai été invité à un pot de départ en retraite. Normal dans la boite. Y a des pots pour tout et surtout pour rien.
    On picole, on picore et là gros choc : le gars qui part en retraite que je voyais de temps en temps dans les couloirs ou à la machine à café, je lui ai toujours donné une quarantaine d’années et le pire c’est que quelques autres collègues ont eu la même surprise.
    Oui, il est parti à 65 ans comme de droit à cette époque.

    J’ai aussi souffert de mon apparence jeune. Devoir montrer sa carte d’identité à 27 ans au cinéma c’est moyen.
    Mais quel plaisir aujourd’hui d’entendre quelqu’un dire : mais il est DEJA à la retraite celui-là ?

  9. Une fois dit :

    Ca fait du bien de voir que finalement, c’est fréquent comme « souci »!
    Hier , je disais à une patiente que ma fille avait le même prénom que sa fille et puis finalement, elle se rend compte que non, ma fille n’est pas mon seul enfan, qu’elle n’est pas un bébé et qu’en fait j’en ai même 4, alors, elle me demande, mais Dr, vous avez quel âge, c’est pas possible? (voui, parce qu’en fait j’ai carrément un cabinet à moi toute seule)
    Je fais d’ailleurs la même réponse que babydoc, pas aussi jeune que vous le pensez…

    (ceci dit, j’ai aussi entendu « oh, tel doc elle vient de s’installer » -euh, ça fait quand même 10 ans hein- je pense que les gens ont une vision un peu tronquée…)

  10. zigmund dit :

    chez moi ils savent bien que je suis là depuis plus de 25 ans, ils voient mes cheveux gris et ils s’étonnent qd même quand je leur annonce que dans moins de 10 ans je serai parti en retraite et qu’il n’y aura plus d’ophtalmo

  11. Jasamod dit :

    Ben moi aussi ça m’a fait ça au début, installée à 26 ans…. « vous faites si jeune, on dirait une gamine (oui oui ils me l’ont dit!) vous êtes déjà docteur, avec un enfant en plus » (en plus de quoi, je ne sais pas!)…. Moi ça ne me déplaisait pas…. Ce qui m’a moins plu, c’est quand on ne me l’a plus dit! Alors profite ! ;)

  12. Marine dit :

    Je ne suis pas médecin , et dans mon boulot le fait de faire plus jeune n’est pas très problématique , du moins pas au quotidien .
    Par contre je me rappelle avoir eu du mal avec les réflexions pendant ma première grossesse . J’avais 20 ans, et je voulais cette enfant, mais les gens ne pouvait s’empêcher de croire que j’étais une ado de 15 ans en cloque par manque de vigilence , et ne se gênaient pas pour donner leur avis sur les « fille-mères » alors que je ne les connaissais ni d’Eve , ni d’Adam et ce partout : dans le métro, à la caisse de Carrouf’, quand je payais mon sandwich le midi , dans la salle d’attente du gynéco etc …
    Une fois ma fille née, on me prenait très très souvent pour la grande sœur !
    Et maintenant, j’ai 25 ans, 2 filles , et c’est pas rare qu’on me prenne pour « la baby-sitter » et qu’on me demande mon numéro pour d’éventuels service les samedis soirs !

  13. docteurmathieu dit :

    Sinon, désolé mais je ne peux pas compatir, mon mètre 91 et mon allergie au rasoir m’ont sans doute sauvé…

  14. Babeth dit :

    Je suis éducatrice (en théorie seulement, parce qu’en pratique… ben non!). Mon premier stage d’observation se faisait en IMPRO avec des adolescents. J’étais là pour observer, pas intervenir. J’allais donc dans divers groupes, prenant des notes, posant des questions, participant aux activités. Certains ont mis plusieurs semaines à comprendre que j’étais stagiaire éduc et non stagiaire ado à l’essai dans l’IMPRO. Dur dur!

  15. matwachich dit :

    Moi j’ai pas trop ce problème, même en tant qu’externe on me donne facilement 3ans de plus que mon age.
    Par contre, un ami/collègue à moi, avec qui je fais mes garde, c’est un autre histoire…

    Un soir, au urgences, on fait rentrer 2 malades: un pour chaque, on leurs montre à chaqu’un son box, et le malade de mon ami, avant de rentrer me fait un signe et m’appel: « docteur silvouplé, ma fille est malade », je ne vous dit pas la gueule de mon pote à ce moment!

  16. Ping : Les mots des autres | Journal de bord d'une jeune médecin généraliste de Seine-Saint-Denis

  17. Aude dit :

    Moi aussi, on croit que je suis plus jeune que mon âge – j’ai 22 ans, et je peux très bien passer pour 16-17… en même temps j’avoue que pour certains trucs j’ai l’impression d’avoir encore 8 ans (ça doit transparaître malgré moi alors ^ ^), mais pour d’autres 45 ans depuis 10 ans…
    Comme je suis garçon manqué je passe aussi pour un garçon des fois (je trouve ça très rigolo – surtout quand ils disent « jeune homme WOOPS mademoiselle je veux dire!! » « t’inquiète c’est pas grave mon pote… »

    Bon par contre étudiante infirmière en 3ème année, donc auprès des patients faut avoir l’air crédible.
    Et ça passe, j’ai l’air crédible.
    Le sérieux, ça viellit.

  18. Eileen dit :

    Je comprends ce que tu veux dire, une fois on a dû assister en stage à la visite médicale de lycéens, et au secrétariat, ils ont cru que je venais pour la visite… Grrr…
    Encore pire, en pédiatrie, j’avais la blouse dans le sac à dos, la cadre qui précise que faut avoir 15ans pour accéder au service…
    Bon j’espère qu’en interne je vais avoir l’air crédible.

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