Privés de déserts

On ne peut pas vraiment dire que j’ai grandi à la campagne. On ne peut pas vraiment dire non plus que c’était la ville.

Une école primaire avec 3 ou 4 classes, selon les années, souvent des doubles niveaux. Les sorties scolaires, elle se faisaient au bout de la rue de l’école, dans la forêt qui bordait les champs et les étangs.

Le collège drainait les gamins de patelins que je ne connaissais pas avant. Des petits bleds, 15 km à la ronde.

Quant au lycée, on était 16 dans ma classe.

Le monde merveilleux. L’île aux enfants.

La première année de médecine, ce fut un choc.

Puis deux ans de répit.

Après, il y a eu les stages hospitaliers. Nouvelles galères. Encore plus pour ceux qui revendiquaient leur envie de faire de la médecine générale. Et pendant ce temps là, on n’était quand même pas cher payé. Alors il a fallu bosser à côté. Pour tenir sur la longueur. Parce que papa et maman, ils faisaient ce qu’ils pouvaient, mais bon…

Alors voilà :

Quand j’entends qu’on veut m’installer dans un coin abandonné, à coup de coercition, d’obligation, d’interdiction. Qu’en échange, on va « limiter » les dépassements d’honoraires des médecins en secteur 2 (mais pas trop, hein). Lesquels sont souvent installés dans les coins les plus médicalisés. Et qui sont en partie ceux qui prennent les décisions au nom de la profession.

Quand j’entends que c’est bien la moindre des choses, que je dois bien ça aux pauvres gens qui ont payé leurs impôts pour financer mes études. Ceux là même que j’ai brancardés dans les couloirs de l’hôpital. Ceux-là même que j’ai reçus aux urgences, à 2 heures du matin, pour écouter leurs angoisses. Ceux-là même dont j’ai épongé le vomi un réveillon de noël.

Quand j’entends que je suis un petit con qui refuse tout en bloc, mais qui n’avance aucune solution. Que je ferais bien d’écouter les grandes personnes qui savent.

Et bien quand j’entends tout ça, j’ai quand même bien mal au cul.

Parce si on m’avait dit que ça finirait comme ça, et que je me prendrais tout ça dans la tronche, je suis pas sûr que j’y serai allé la fleur au fusil.

Alors avec les copains généralistes-bloggeurs, on a réfléchi. Ça fait parti de nos compétences, un peu.

Et on s’est dit que vu le niveau de ce qu’on entend ici et là, on n’a pas à rougir de nos idées.

Et on s’est mis au boulot.

Pardon pour les autres. Ceux qui n’ont pas été contactés. Sachez que nos propositions sont nées de nos discussions à tous. Celles que nous avons sur nos blogs. Celles que nous avons sur Twitter. Celles que nous avons sur nos forums, nos listes de diffusions.

On a du restreindre le groupe de travail pour que ça ne soit pas trop le bazar. On aurait bien voulu inviter plus de monde à la table. Ça aurait été compliqué.

Maintenant que nous avons dépiauté le sujet en mille morceaux, maintenant que nous l’avons tourné et regardé sous toutes ses coutures, maintenant que nous en avons fait un beau bébé qui nous ressemble, on s’est dit que c’était le moment de faire les présentations avec le reste de la communauté.

Et voila : Médecine générale 2.0

Chacun des signataires en a publié une version sur son site.

Et nous serons heureux de faire remonter les discussions, les commentaires, les suggestions qui suivront la publication. Afin de donner tout son sens à ce que nous avons voulu nommer nos propositions 2.0 pour une réforme de la médecine générale.

Et pour ceux qui pensent que ça vaut le coup de tenter l’aventure, nous avons pensé que le site Atoute.org serait le meilleur endroit pour centraliser les manifestations de soutien.

C’est ici : Médecine Générale 2.0 – le soutien

Quant aux signataires, ce sont eux :

AliceRedSparrowBoréeBruit des sabotsChristian LehmannDoc MamanDoc SouristineDoc BulleDocteur MilieDocteur VDominique DupagneDr CouineDr FoulardDr Sachs JrDr StéphaneDzb17EuphraiseFarfadocFluoretteGéluleGenou des AlpagesGranadilleJaddoMatthieu CalafioreYem

Merci à tous

 
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11 réponses à Privés de déserts

  1. Tout et Rien dit :

    Excellente initiative, excellentes propositions.
    Il faut maintenant que le gouvernement mette son bleu de travail et ouvre les discussions pour qu’enfin, on mette en place la solution pour être #PrivésDeDéserts.
    Je soutien et je signe : http://www.atoute.org/n/Medecine-Generale-2-0.html

  2. Tango-Charlie dit :

    Bonjour,
    Je trouve vos idées très bonnes; néanmoins il y a de nombreux bémols. Tout d’abord c’est l’attrait de la MG: durant les stages de l’externat on vous fait bien ressentir que médecine G= avoir rater l’ecn. Et que dire des oraux, au cours desquels les CCU et autres PU-PH adorent vous balancer aux visages  » honteux de ne pas savoir cela, vous souhaitez devenir médecin généraliste ou quoi? ». Comme vous le voyez c’est bien les mentalités qu’il faut changer.
    De plus concernant le tirage au sort pour la nomination des CCUMG, cela part d’une très bonne intention. Néanmoins ne pensez-vous pas que cela risque de finir comme dans les CHU, à savoir de la connivence à outrance où pour faire plaisir à un ami ou encore à un fidèle interne qui n’a pas arrêter de flatter l’égo de son senior durant son internat, l’on risque de nommer des personnes moins méritantes que d’autres?

    • Farfadoc dit :

      Il faut du temps pour que les mentalités changent. On ne peut pas sortir une loi du « maintenant il faut arrêter de dire que les généralistes sont des sous médecins ».
      Quand la formation des étudiants et des externes passera par la case « médecine gé », les futurs professeurs qui auront vu ce que c’est cesseront peut être de dénigrer la profession. Quand les externes et internes auront envie de faire de la médecine générale, le choix de la MG ne se fera plus par défaut. Quand l’enseignement et la recherche auront lieu aussi à la campagne, petit à petit, ça bougera. Sortir de l’hospitalo centrisme, c’est un pari sur l’avenir, aussi pour changer les mentalités.
      Ça ne va pas se faire en 5 minutes… mais j’y crois ;-)

      • Tango-Charlie dit :

        Oui oui je m’en doute. Seulement à l’hôpital, je constate qu’il y a 2 cas de figure qui m’ont réellement écœuré du système hospitalier: la 1ère avoir un co-externe qui s’avère être l’enfant d’un des chefs de service du CHU: là vous n’existez tout simplement plus (bon je peux concevoir qu’il y ait du favoritisme pour des affinités et encore ça passe limite limite). Et la 2nde, dire que vous souhaitez devenir généraliste, là il ne reste plus que les IDE pour vous parler (les internes suivent les CCU, qui eux-mêmes suivent le PU-PH. Et on met très vite dans la tête des externes que généraliste=sous mer** et je pèse mes mots).

        Pour ma part je pense que la médecine G est identique à l’éthique: on vous en parle très brièvement en début de cursus et après si on peut cracher dessus, on ne se gêne pas.

  3. Ping : Ils n’ont qu’un seul point faible, et c’est d’être (in)habités. | Juste après dresseuse d'ours

  4. caro dit :

    bonsoir, sincèrement, je ne comprends pas tout dans le moindre détail à toutes vos propositions et ce du fait que je m’y connais pas assez. Cependant, je crois piger l’essentiel alors biensur, je vous soutiens!!

  5. Ddb dit :

    Belle initiative, beau travail, quelques dérives sur le beurre et l’argent du beurre ;) mais rien de rédhibitoire et compréhensif après des années de « foutage de gueule » à votre endroit.
    Toutefois en tant que patiente qui ne souhaite pas devenir une cliente, pourriez-vous compléter votre documentation par un paragraphe sur les obligations vis-à-vis du patient ou tout du moins sur la continuité du service ?
    - on ne réponds pas qu’on ne prend plus de patient (quand ce n’est pas carrément le terme de client qui est utilisé)
    - on s’arrange pour qu’un service de garde existe réellement (on peut de nouveau être malade le jeudi en journée ;) )
    Car si la qualité de vos conditions de travail et vos rémunérations se sont clairement dégradés, pour le patient la qualité de la dispense des soins et leurs coûts ont suivi le même chemin.
    N’hésitez pas ou plus non plus à éduquer vos patients du moins ceux qui peuvent l’entendre ou le comprendre.

    En espérant que vous serez, a minima, consulté par le Ministère de la Santé.

  6. chican dit :

    j’en ai une autre : nationaliser le concours de P1, et repartir les étudiants en fonction de leurs classements dans les CHU. Les étudiants pourront construire  »leurs vies » pendant l’externat. Ensuite, l’ECN permettra de choisir sa spécialité en restant dans le CHU.

  7. Regnault dit :

    Bonjour,
    Je suis médecin généraliste installé depuis 20 ans dans une ville de 4000 habitants à 5 kms d’un CHU et d’une grosse polyclinique.
    J’ai connu les remplacements en pleine brousse à 60 km du 1er CH, la difficulté à s’installer vu la surpopulation médicale (même dans ces trous paumés ) et les dérives des pratiques quotidiennes d’alors (trop d’offre par rapport à la demande quelque soit le lieu).
    J’ai connu les gardes de 48h sans repos compensateur au CHU ainsi que les gardes de canton où l’on ne pratiquait pas que de la bobologie.
    J’ai enfin repris le pouvoir de dire « non » aux exigences des patients génératrices de dépenses inutiles depuis 2005.(même si cela prend plus de temps).
    Nous étions 150 par promo, et sachant qu’ils sont 240 en DCEM3 actuellement, j’ai peur de voir resurgir les vieux démons dans les années à venir.
    Vous avez de bonnes idées.
    Je ne conçois pas l’exercice de la médecine actuelle autrement qu’en groupe pluridisciplinaire.
    Mais je pense que si, dès l’inscription en PCEM 1, les futurs médecins savent qu’ils ne pourront pas s’installer où ils voudront (conventionnement limité en fonction d’un bassin démographique par ex) cela sélectionnera d’emblée des personnes fortement motivées par ce métier passionnant, sans risque de dérapage économique avec maintien de cette médecine de proximité.
    On ne peut pas changer les règles en cours de route! C’est inacceptable et je vous rejoins.
    Mais une part de coercition bien faite est je pense nécessaire.

  8. MG S1 dit :

    avec votre medecine 2.0 vous allez donner à MsT le baton pour vous faire battre…
    reconstruire l’hopital a la ville avec tous les dysfonctionnements liés c’est purement suicidaire pour la médecin de ville
    rejoignez plutot la manif du 14 novembre 2012
    http://www.ufml-asso.fr

    (jeun MG s1 LIBERAL)

  9. mocmoc dit :

    Bonsoir,

    au jours d’aujourd’hui il semble que ça a foiré cette tentative de proposition ?

    salutations

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