Vogue la galère

Il est dit, quelque part dans un texte obscur pondu par nos têtes averties, que pour être un médecin généraliste dûment certifié, nous devons avoir brillamment (ou pas) rempli nos fonctions d’internes dans différents stages. L’ordre étant laissé au choix de l’intéressé.

Il faut un semestre dans un service de médecine adulte. C’est à dire cardiologie, pneumologie, endocrinologie…. Bref, tout ce qui n’est ni chirurgie, ni urgence ou réanimation, et qui concerne les adultes. Pour ma part, 6 mois dans un service de diabétologie, ce qui peut s’avérer utile pour un généraliste. Mais apprendre à gérer un traitement antidiabétique et l’insuline, on a vite fait le tour, et on finit rapidement pas tourner en rond. Avec la curieuse impression de faire office de mini-docteur pendant que les chefs sont (rayer la mention inutile) : en consultation, en réunion, en congrès, en RTT, …

Ensuite, un semestre dans un service du pôle mère-enfant.

Précisons au passage que les hôpitaux sont maintenant organisés par pôles. L’unité de base, le service donc, avec un chef de service, est maintenant regroupé au sein d’un pôle avec d’autres services qui gravitent autours du même thème, le tout chapeauté par un chef de pôle. Ci fait, on peut organiser des réunions de service, pour mettre en place des stratégies afin de partir à la conquête du pôle lors des réunions de pôle. Et celui qui gueule le plus fort, c’est celui qui aura le plus de sous. Et quand on aura gagné la guerre du pôle, on s’attaquera à la capitainerie de l’hôpital. Pour avoir encore plus sous !

La pédiatrie, la gynécologie, même pôle. C’est logique !

Donc un semestre dans le pôle mère-enfant. En pratique, soit un stage en gynéco, soit un stage en pédiatrie. Et quand petit docteur devenu grand, dans son cabinet, voudra soigner un enfant alors qu’il a fait son semestre en gynéco, ou vice et versa, qu’il se démerde. De toute manière, en 3 ans d’internat, les zones d’ombre sont inévitables. Et puis, à choisir entre un service de pédiatrie où, d’expérience, il se passe quelques années avant que ne soient appliquées les dernières recommandations et autres avancées de l’Evidence Based Medecine, ou un service de gynécologie aux pratiques moyenâgeuses, autant limiter la casse au moins coûtant.

Je caricature, il y a des services de pédiatrie et de gynécologie très bien. Mais les places sont chères, et les prétendants nombreux. Pour ma part, je suis tombé dans un service de pédiatrie à la pointe des pratiques. Le lavage d’estomac était pratiqué à visée rédemptrice chez les adolescentes suicidaires. Le décalottage forcé des petits garçons était érigé en primum movens afin de décomplexer le rapport que maman entretient avec le sexe de son fiston. Et le Questran (une pâte infâme indiquée normalement chez les adultes dans des cas très particuliers) avait valeur de panacée universelle pour guérir les diarrhées du nourrisson, les vomissements de la gastroentérite et les dermites du siège.

Après, il y a le stage aux urgences. Là, on commence à chercher le rapport avec la médecine générale, celle de premier recours. Il pourra être argué qu’ainsi le médecin généraliste de base pourra affronter dignement l’urgence vitale qui aura pris soin de prendre son rendez-vous une semaine auparavant pour venir faire son infarctus au cabinet.

En pratique, c’est le stage hospitalier que j’ai préféré. Faut dire, entre la pédiatrie préhistorique et la diabétologie… Et ça a l’avantage d’être suffisamment varié pour qu’on ne s’ennuie pas trop, en 6 mois. Du coup, j’en ai fait un deuxième. Là j’ai commencé à m’emmerder. Surtout que je faisais des remplacements en cabinet à côté de ça.

Hormis un vague rapport avec la notion de soins de premiers recours, ce n’est toujours pas avec ça qu’on apprend le métier. Pour être honnête, le seul intérêt, c’est peut-être d’apprendre à se demerder tout seul.

Et dans tout ça, il est demandé de faire un de ces stages en Centre Hospitalier Universitaire. En général, c’est le stage fait aux urgences. Les services de médecine sont souvent réservés aux internes de spécialité. Ce qui n’est pas plus mal, car l’hyperspécialisation n’a alors plus aucun rapport avec la médecine générale. Dans la pratique, j’ai plus l’impression que la seule justification de ce stage en CHU, c’est qu’il faut bien des petites mains pour faire tourner les urgences qui sont, comment souvent, la dernière roue du carrosse des hôpitaux, surtout universitaires.

Et enfin, un semestre chez le praticien. Là, les choses deviennent vraiment intéressantes. Les possibilités d’apprentissage y sont énormes. Pour peu qu’on tombe bien. On n’y va pas pour les connaissances fondamentales. Mais pour apprendre une façon de faire. De toute façon, il est illusoire de vouloir tout apprendre sur le bout des doigts. Les connaissances évoluent sans cesse. Alors autant ne pas s’encombrer la tête. Ce stage, on peut le faire une deuxième fois. Et depuis peu une troisième fois.

Sauf que.

Sauf quand on tombe sur un praticien qui confond maitrise de stage et remplaçant bénévole. La limite est ténue entre accueillir et former un interne, se permettre quelques fois de lui laisser gérer le cabinet pour aller donner un cours à la fac, et compter systématiquement sur lui pour faire bouillir la marmite. Certes ils ne sont pas nombreux, ces derniers. Mais comme souvent, c’est suffisant pour ternir l’image d’une profession déjà mal appréciée des jeunes étudiants en médecine. Et si c’est pour commettre ce qu’on reproche aux hospitaliers…

Donc au final, si on fait le compte de ces 3 ans, ça fait beaucoup de stages pour faire tourner l’hôpital, et peu pour notre formation. Mais c’est pas grave. On est que généralistes. Ça ira bien comme ça.

NB : Merci à toutetrien.fr pour la photo

 
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13 réponses à Vogue la galère

  1. Babeth dit :

    Dit comme ça, ça donne pas envie. Mais bon, j’imagine que quand on tombe sur un bon tuteur (c’est comme ça qu’on dit? j’en sais rien!) ça doit sauver le stage non?

    • drfoulard dit :

      J’ai pas dit que c’était forcément des mauvais moments. Je me suis bien eclaté avec les infirmières en diabéto ou en pédiatrie.
      Mais niveau médical, pour la médecine générale, ça aurait pu être plus rentable

  2. docteursachs dit :

    Dis donc, ça a l’air charmant le stage de pédiatrie où tu as fait tes armes! Finalement, la province, ça peut avoir des avantages…

    Tout ça me rappelle des souvenirs en effet, les stages où tu te démerdes tout seul sont aussi parfois ceux où tu apprends sur le tas, bien obligé de gérer quand le chef dort, où fait ses courses pendant que tu tiens le cabinet.

    Mais faut pas généraliser, dans les petits hôpitaux, on trouve des stages formateurs pour les internes de médecine générale, où tu apprends ton boulot sous l’œil bienveillant de gens qui ne sont ni des mandarins, ni des branleurs qui t’exploitent pour faire le taf à leur place.

    Si, ça arrive! Ça m’est arrivé 3 fois!

    • drfoulard dit :

      Les services dans les hôpitaux locaux sont souvent plus « généralistes » ou polyvalents que dans les grosses structures. Et beaucoup plus en lien avec la ville. C’est ma constation personnelle du moins.

  3. thoracotomie dit :

    un tableau pas très glorieux des stages d’interne, mais je suis assez d’accord.
    on peut se retrouver vite dans 2 caricatures : être tout seul dans un stage ou n’avoir aucune responsabilités (sauf les jours de formation des patrons où là on délègue les fonctions sans aucun problème).
    quand à la composition de la maquette, ça a toujours été un problème, je crois que ça évolue très lentement

  4. docmam dit :

    L’obligation de ce stage au CHU, qui devrait normalement être abrogée depuis des années, me laisse songeuse… J’ai réussi à y échapper grâce à d’odieuses manipulations à base de grossesse et de yeux de cocker, mais je fais le même constat que toi… les malheureux internes de premier semestre qui se coltinent les urgences du CHU sont trop précieuses pour qu’on les autorise à aller ailleurs…

    J’ai quand même eu la chance de pouvoir faire mes stages dans des hôpitaux périphériques, des stages formateurs, et de pouvoir faire un deuxième stage en cabinet qui a rattrapé la catastrophe du premier, après lequel effectivement je me posais la question d’arrêter médecine…

  5. armellegece dit :

    je crois que l’un de mes 3 prochains maîtres de SASPAS n’a, lui non plus, pas encore compris la différence entre interne et remplaçante gratos… mais bon, dans 6 mois l’internat est fini… !

  6. Stebeuve dit :

    Ah! le Questran…souvenir de néonat’ où, mélangé au liniment, ça fait de la » pâte à Q », généreusement tartinée sur les micros fessiers..

  7. docles2A dit :

    j’avais connu le cet usage du Questran , je croyais d’ailleurs qu’il avait disparu.
    Il y a la possibilité de faire remontée les infos aux collegues internes (important pour le futur choix), au représentant des internes qui siege à la comission d’agrément des lieux de stage et enfin au DMG (département de medecine generale) pour éventuellement redresser le tir auprés du MSU (praticien maitre de stage) puisque l’évaluation des stages et en particulier des stages chez le particien est prévue dans les DMG . A part ça il faut du temps , de la volonté et un paquet de formation pour devenir bon pédagogue. On compte sur la releve qui a connu le passage chez le praticien pour devenir à son tour enseignant.

  8. FrenchDoctor dit :

    Assez caricatural tout cela…
    Les hospitaliers en RTT, congés ou congrès mais le valeureux maître de stage en médecine générale, lorsqu’il n’est pas là, va brillamment donner des cours à la fac … Laissez-moi rire.
    Non, cher collègue, on travaille autant dans les structures hospitalières qui affluent de patients venant de ville ou la permanence des soins n’est plus assurée. Les hospitaliers ne sont pas absents des services un jour par semaine, justement le jour où l’on cherche à joindre le médecin traitant qui n’a pas fourni d’informations médicales consistantes lorsqu’il à adressé son patient aux Urgences ou dans un service.
    Parlons des Urgences qui accueillent tous les patients non programmés et parfois refusés par les médecins de ville. Dre après, comme vous le faites, que les étudiants sont des petites mains, alors qu’ils pallient la carence du système de ville…
    Bref votre analyse fait sourire par sa naïveté, son parti pris et devrait être plus fouillée et moins aigrie.

    • drfoulard dit :

      Avec un peu de retard

      Je crois que vous avez mal compris le sens de mon propos à propos des maître de stage ambulatoire. Je les critique tout autant quand ils se servent de l’interne pour pouvoir s’absenter de leur cabinet.

      Votre avis est intéressant. Les internes de médecine générale en stage à l’hôpital servent à pallier la carence d’une permanence de soins déficitaire. Je suppose que vous parlez exclusivement des urgences, car je ne vois pas en quoi les services hospitaliers contribuent à pallier ce déficit. Votre point de vue se discute. Néanmoins, le fond de mon billet reste valable, même avec votre analyse : les internes de médecine générale n’ont pas accès à une formation optimale. Donnons leur de quoi exercer leur métier correctement. Ce sera un bon début pour assurer la permanence des soins. Car j’ai l’impression que dans l’ensemble, nous sommes assez réceptif à cette nécessité. Mais vous avez sans doute raison, à taper sur la tête des internes pour le faire payer la soi-disant carence de leur ainés, ils auront certainement à coeur de s’investir dans ce système.

  9. GdA dit :

    Excellent billet !
    J’adore le ton, l’humour et le recul que tu prends déjà sur ta formation. Il y a 20 ans, je n’ai fais que 4 semestres et j’avais un peu déjà le même sentiment que toi. Rassure toi, on n’apprends jamais que « sur le tas », un peu chaque jour. La formation n’est jamais terminée.
    Je crois que j’ai beaucoup appris, dans les stages où j’ai été livré à moi même, obligé de potasser et de prendre mes responsabilités…
    Et puis quand on est installé, c’est passionnant, mais on se rends compte que tout le système sanitaire fonctionne de la même façon, « à l’arrache ». Les internes de MG sont formés « à l’arrache ». Les généralistes sont payés « à l’arrache » quand ils font de la qualité… mais les spécialistes peuvent en dire autant, les hopitaux également, les cliniques aussi…
    Et les futurs paiements forfaitaires promettent des moments grandioses…
    Non décidément, la qualité n’est pas à l’ordre du jour.
    Amicalement.

  10. eosine dit :

    Ah le questran comme panacée, je découvre et c’est vraiment formidable ! Ca vaut bien les remèdes de grand-mère.
    La pédiatrie c’est qq chose… Dans ma zone rurale à 30 km de grosCHU et du CHD, on en entend de belles aussi… L’usage du fluor est systématique dès la naissance, par les PMI, MG, y compris chez un maître de stage, même chez des nourrissons édentés. Quant aux conseils sur l’allaitement d’un autre siècle, ils aboutissent constamment au même résultat , le sevrage.

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