Les bons conseils du Dr Foulard

Mettons deux ou trois choses au clair.

Les urgences, c’est le plus mauvais endroit de la terre pour vous faire soigner. Je veux dire, d’une façon générale. C’est bien pour une urgence. Point.

Dans votre intérêt, il est préférable que vous ayez un médecin traitant. Mais genre un vrai, pas juste un nom que vous avez choisi au hasard dans les pages jaunes, ou parce que son prénom est le même que celui de votre arrière grand oncle. Pas un à qui vous avez fait signer la déclaration de choix de médecin traitant via la secrétaire en rentrant de carrouf, sans jamais l’avoir vu, parce que « moi le médecin j’le vois pas je suis jamais malade, mais la sécu elle veut que j’en choisisse un ». Choisissez en un qui vous convienne, qui puisse vous recevoir le jour de votre congé. Pour commencer ça sera bien.

Ensuite, ce qui peut être pas mal, c’est que vous alliez le voir lui, quand vous avez besoin de voir un médecin. Ça peut paraître évident. Mais ça ne l’est pas pour tout le monde. Bon, évidemment, pour le truc super urgent, s’il ne peut pas vous recevoir avant 2 jours, c’est peut-être mieux de trouver quelqu’un d’autre. Les urgences, au hasard.

Un exemple (expérience personnelle, niveau de preuve : moi même) : le gars qui a mal au crâne depuis un mois, il en peut plus, il vient aux urgences.

Déjà, ça fait un mois. Degré d’urgence = bof bof.

Interrogatoire, examen clinique, okay c’est bon y’a rien d’urgentissime. Doliprane ça marche pas? Prenez de la codéine avec, et voyez votre médecin traitant pour la suite.

Vous en conviendrez, c’est pas terrible comme prise en charge, on n’a pas résolu son problème. Mais bon, il a mal, on le soulage, c’est notre boulot.

Mais c’est pas suffisant. Il y a encore plein d’autres trucs à faire après. Qu’on ne fait pas quand on n’est pas le médecin traitant dudit patient : le revoir si nécessaire, proposer des examens complémentaires, si besoin proposer un traitement spécifique, etc etc etc…

Autre chose qui peut-être utile à comprendre : les urgences pour votre suivi, c’est vraiment pas le top. On n’est pas bon. On sait pas faire. Et en plus, c’est jamais le même médecin. En gros, c’est comme du nomadisme médical.

Prenons le même patient, toujours expérience personnelle : le gars, il rentre chez lui avec son paracétamol et sa codéine. Ça marche moyennement, ça le shoote un peu, ça le constipe beaucoup, mais il les prend. Il finit la boite, et il a toujours mal au crâne. Il revient aux urgences. Alors le médecin du jour (différent de la fois précédente), pour lui rendre service, ou pour s’en débarrasser, ou pour se donner bonne conscience, il lui redonne les mêmes cachous, ou d’autres, et, pour avancer les choses, vu que le patient est pas très proactif, il lui donne une ordonnance pour faire un scanner.

15 jours pour avoir un rendez-vous, mais il le fait, le scanner.

Et le jour où moi je suis de garde (troisième médecin donc), le bonhomme, avec son histoire longue de 3 mois, 15 boites de doliprane, 6 de dafalgan codéine, une de laxatif, 2 arrêts de travail, il revient aux urgences pour montrer le résultat du scanner. Et puis aussi pour son renouvellement de codéine que ça le soulage pas et que ça lui bouche le trou de balle. En l’occurrence scanner normal.

Et qu’est-ce que je fais moi maintenant ?

Et bah je lui renouvelle sa codéine, son laxatif et je lui dis de se trouver un médecin traitant.

Bien. Donc déclarer le Dr Foulard des urgences de l’hôpital de Troui sur Purin comme médecin traitant, c’est flatteur, mais c’est pas recommandé et dame sécu ne serait pas d’accord.

Ça, c’est pour votre prise en charge. Pour l’optimiser en quelque sorte.

Voyons un autre aspect des choses. Les hommes visualiseront mieux je pense.

Vous avez mal au testicule gauche. C’est valable aussi si c’est le droit. Ou même les deux. Donc il est 5 heures du matin, vous vous dites « diantre, mon testicule gauche (ou le droit, ou les deux) me fait bigrement souffrir. Allons aux urgences ».

Vous appelez les pompiers. (Je dis ça sans aucune arrière-pensée, hein, mais le gars il est arrivé avec les pompiers. Je constate, c’est tout.)

Vous arrivez donc aux urgences avec les pompiers, sur un brancard, fiche d’intervention « un homme est pris de douleurs au testicule gauche », toussa toussa.

L’interne est parti se coucher depuis une demie heure. Il s’est endormi. L’infirmière, sympa avec l’interne, fait poireauter le patient pendant un petit quart d’heure, puis elle l’installe, lui prend la température, la tension, recueille les antécédents, fait traîner les choses, tout ça pour permettre à l’interne de dormir quelques minutes de plus. Puis elle décroche le téléphone, compose le numéro de la chambre de garde de l’interne, prend une voix douce et suave, et lui annonce qu’il y a une douleur testiculaire à voir box 3.

Dans la tête de l’interne il se passe plusieurs choses à ce moment là :

-       Putain je suis où ?

-       Putain il est quelle heure ?

-       Putain elle a vraiment une voix horrible!

-       Putain une burnalgie à ct’heure là !

L’interne se lève péniblement, essuie le filet de bave qu’il a au coin de la bouche, essaie d’aplatir cet épi sur sa tête et se rend box 3. Là, un peu endormi, les choses se mélangent dans sa tête, il ne sait plus trop s’il doit d’abord interrogé le patient, l’examiner, prescrire une radio (des testicules, la radio, irradiation des petits spermatozoïdes, comme ça, point de descendance, la lignée de burnalgies nocturnes s’arrêtera là).

Par chance, il commence par examiner le patient. Ce dernier lui avoue qu’il a un peu peur que ça soit un cancer des testicules puisque son père et sa mère ont eu la même chose. Entendant cela, l’interne se demande si la castration ne serait pas plus efficace que l’irradiation pour être sûr que cette andouille ne se reproduise pas.

Donc l’interne, l’œil hagard, la paupière lourde, prie le patient de se lever et de baisser son pantalon, se met à genou et commence à lui palper les bourses. Fatigué, il s’endort un peu, essaie de réfléchir à que faire de ce patient dont les bourses ne semblent pas plus inquiétantes que cela, prend conscience qu’il malaxe toujours les précieuses du patient, se ressaisit et pose quelques questions tout en continuant son examen.

J’en viens au fait, et au conseil que je voulais donner à ces messieurs.

Prenez conscience qu’à ce moment là, l’interne à vos couilles entre les mains, et évitez de choisir cet instant pour lui révéler qu’en fait, ça fait 10 jours que vous avez mal.

 
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27 réponses à Les bons conseils du Dr Foulard

  1. Babeth dit :

    Euh… non mais vraiment???? Sérieusement?????

  2. docteurmilie dit :

    J’adore!!!!
    Forcément
    Mais je voulais te demander? T’aurais pas un truc toi avec les pompiers, :-)

    • drfoulard dit :

      Tu rigoles, mais maintenant quand je croise les pompiers au taf, j’ai toujours peur que ça se lise sur mon front :

      « I am Dr Foulard »

  3. Docmam dit :

    Mouahahahaha !!!
    J’ai éclaté 5 fois de rire en lisant ce post, notamment en me revoyant au réveil pendant une garde, réveil en sueurs, tachycardie « hein ? quoi ? comment ? où suis-je ? qui suis-je ? putain c’est la voix d’Yvette »
    (j’en profite pour raconter une anecdote sur Yvette, la secrétaire de nuit des urgences, celle dont la voix criarde et agressive nous réveillait à chaque garde.
    « oui y’a un patient qui arrive, c’est un choc anaphylactique
    - (voie pâteuse, réponse réflexe) ok je me dépêche j’arrive tout de suite
    - non non t’as le temps, ils arrivent dans 45 minutes.
    - … »
    Donc Yvette te réveille à 5h du matin, pour te dire que tu devras te lever dans 3/4h. Facile de se rendormir dans ces cas là.)

    Merci de nouveau pour tes billets, j’aime toujours autant.

    • drfoulard dit :

      Voila Yvette est une championne à sa manière. Moi en ce moment, à l’accueil j’ai Laurel et Hardy version féminine, et c’est plutôt le genre à laisser une luxation d’épaule ou un un oedème de Quincke attendre leur tour en salle d’attente (véridique).

      • isnard dit :

        j’ai planté 2 h en salle d’attente avec une sous capitale apres avoir attendu les pimpons 45 minutes en pleine ville apres un adc voiture contre moto. Au bout de deux heures j’ai demandé aux copains du samu de dire au senior de s’occuper de moi: air horrifié, radio, 2 heures dans un bureau tranquille avant que l’on se souvienne de moi et de voir le chir a diplôme étranger qui a conseillé une attelle. Moralité: attends les pompiers tu éviteras au moins la salle d’attente: la pintade du secrétariat n’a pas cru ma carte de medecin ni mon diagnostic!!!!!!!!!

  4. Gélule dit :

    Mouhahahahahahahaha rha mais comme Docmamz!!!!
    « pour que la lignée de burnalgies nocturnes s’arrêtent là »
    Donc ce patient t’a cassé les couilles, c’est ça? ^^ (oui bon ok mais ça me brûlait le clavier, là).

  5. Sweet_faery dit :

    on m’a fait « chuuuuuuuuuuut » pendant que je lisais ton billet, car je riais beaucoup trop fort!

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  7. Souristine dit :

    Merci pour ce billet tellement drôle, et tellement vrai!

    Parmi mes pires souvenirs de consult’ aux urgences à 3h du mat’, j’ai : le coup de soleil, la piqûre de moustique, le cauchemar… et le pompon, un instit’ qui avait mal aux pieds après avoir défilé toute la journée pour une grève, et qui allait être « trop fatigué pour aller travailler le lendemain »!

    Rester poli, ne pas céder au sarcasme facile… Une gageure parfois!

  8. PerrucheG dit :

    C’est tellement ça!!
    Surtout le réveil !
    Je me souviens de cette patiente qui appelait les urgences toutes les nuits…parce qu’elle n’arrivait pas à dormir. Bah oui.

  9. Drgreene dit :

    Mort de rire également, tellement vrai, mais parfois ils sont drôle et grave comme cette patient vers 2 heures du mat qui arrive avec une monstrueuse plaie de jambe, après avoir chuté de son lit mezzanine sur son aquarium. Jamais bien compris comment elle avait pu réussir cette prouesse, ni si les poissons s’en étaient sortis vivant!
    La bave au lèvre mais aussi l’enfilade dans le noir et à l’envers de la blouse et/ou des vêtements sans compter la traversée des couloirs, le cerveau vide, l’oeil brumeux et avec l’arrière goût de la bouffe avalée à 3 h du mat qui végétait depuis X temps dans un frigo des urg ou de la salle de garde!

  10. isabelle dit :

    à afficher dans toutes les bonnes salles d’attente. au moins ils auront quelquechose d’intelligent et d’instructif à lire çà changera de closer

  11. Colibris dit :

    Excellent. J’en ai ri à ne plus pouvoir lire tellement mes yeux étaient noyés de larmes. Et la photo finale m’a provoqué une crampe abdominale. Un peu plus et je n’aurais pas échappé au diagnostic d’incontinence. Merci pour ce billet qui a égayé mon morne tête à tête avec mon ordinateur, au détriment de ma productivité professionnelle.

  12. matwachich dit :

    Génial!
    Finalement, on chipote ici (Algérie), mais c’est pareil partout, les urgences!!!

    Mon meilleur souvenir de ce type, c’était un gars qui arrive vers 23h pour un début de « grèpe » (grippe), il me fait:
    « Là, ça va, ça ne m’a pris que ce soir, mais je sais que demain, j’aurai un grèpe, vu que j’ai traîné toute la journée dehors » (c’était en hiver)

    Vu que je suis externe, je rapporte mon interrogatoire et examen (et oué, j’me suis amusé un peut avec lui!), et il me dit de lui mettre un placébo en IM!!! lol

  13. C’est juste excellent, jeune padawan, sur le fond comme sur la forme ( la chute). mais plus encore sur le fond. Ce que tu écris en quelques paragraphes, aucun politique français n’est capable de l’intégrer: la différence entre « faire de la médecine générale » et « faire des actes de médecine générale » sur une population qu’on ne connaît pas, qu’on ne suit pas, qu’on ne reverra jamais. Quand je vois la FHF prétendre dispatcher l’hôpital en ville, les bras m’en tombent. pourquoi pas des verroteries pour les indigènes, non plus…

    • drfoulard dit :

      Là où je suis aux urgences en ce moment, c’est exactement ce qui est en train de se produire de façon complètement naturelle : l’hôpital est dans une ville de 17 000 habitants grosso modo. Aux alentours, des bourgades pas bien grosses. Dans cette ville, il y avait 17 généralistes. 2 ont arrêté brutalement leur activité, de manière imprévue. Les autres généralistes, déjà surchargés, ne veulent pas accepter de nouveaux patients. Ils atterrissent donc aux urgences, pour les pathologies aiguës, et c’est alors l’occasion de renouveler l’antidiabétique ou l’anti hypertenseur. C’est assez effrayant, d’autant plus que les conditions de consultation sont complètement inadaptées au suivi des pathologies chroniques.

  14. platel jf dit :

    du vecu rien que du vecu
    comment ai je pu supporter cela pendant 40ans?
    les generalistes doivent etre un peu maso
    merci pour votre humour encore plus delicieux depuis ma retraite

  15. docfou dit :

    trop drôle; ça me ramène 40 ans en arrière; le casse-burnes qui te réveille en plein sommeil profond chaque fois que t’es de garde, parce que lui n’arrive pas à dormir, je l’ai connu; maintenant que je ne fais plus de gardes depuis 6 ans, je trouve ça cocasse; mais à l’époque j’avais juste envie de lui asséner un gros coup de maillet sur l’occiput pour l’aider à résoudre son problème … :-)

  16. Marc Brylinski dit :

    Vécu encore: MG de garde de nuit, coup de fil vers 23h30: « Mon chat a 38,5°…. »

  17. Corinne Tilloy dit :

    Merci pour la rigolade.
    Vécu perso :23h aux « urgences », un patient vient pour une verrue plantaire…
    Moi « Vous n’avez pas attrapé ça ce soir!… »
    Lui « Non mais les horaires d’ici me conviennent bien. »

  18. LATIZEAU F dit :

    flippant ton exemple de douleur testiculaire!!
    35 ans d’exercice en milieu rural et plusieurs fois je suis tombee sur 1 torsion de testicule! qui je le rappelle
    est, avec la GEU les rares vraies urgences!a oui je suis 1 nana et les testicules des mecs j’y tiens!

  19. drguignol dit :

    L’autre comique de situation non explicité réellement c’est l’examen scrotal à genou quand tu es somnolent…vue par l’IDE, la situation peut tout à fait laisser penser à tout autre chose.
    En tout cas, merci pour la rigolade!

  20. Christelle dit :

    mdr vraiment très drôle votre article, effectivement vous devez en voir de toutes les couleurs, arf si ça peut vous rassurer dans chaque métier on a nos casse-bonbons ;)

  21. Eileen dit :

    C’est drôle quand ça arrive aux autres…. Mais je crois bien que je vais détester les urgences moi.

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