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	<title>Le blog de DrFoulard</title>
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	<description>Médecin en transit, pas encore docteur, plus vraiment interne</description>
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		<title>Ma crève</title>
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		<pubDate>Wed, 10 Apr 2013 07:37:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>drfoulard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[Récemment, DocMaman a écrit un très bon billet sur la grippe d’homme. Il n’en a pas fallu plus pour que, quelques jours plus tard, je tombe malade. Ça, et comme me l’a dit une copine, que je sois allé retourner &#8230; <a href="http://drfoulard.fr/?p=461">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://drfoulard.fr/wp-content/uploads/IMG_2492.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-464" alt="IMG_2492" src="http://drfoulard.fr/wp-content/uploads/IMG_2492-300x224.jpg" width="300" height="224" /></a>Récemment, DocMaman a écrit un très bon billet sur <a href="http://docmaman.canalblog.com/archives/2013/03/30/26778370.html" target="_blank">la grippe d’homme.</a> Il n’en a pas fallu plus pour que, quelques jours plus tard, je tombe malade. Ça, et comme me l’a dit une copine, que je sois allé retourner mon potager à moitié à poil par 4 degrés. Et encore, heureusement ai-je pensé à mettre mes chaussons le soir. À marcher pieds nus, j’aurais certainement attrapé une pneumonie.</p>
<p>Bref.</p>
<p>Alors je n’ai pas l’intention de faire pleurer dans les chaumières, je sais très bien que je ne vais pas mourir, mais comme je n’ai pas l’intention d’aller consulter, il faut bien que j’épanche mes souffrances quelque part.</p>
<p>Alors moi, ça commence toujours pareil, par une gêne lointaine, quasiment imperceptible, quelque part du côté du fond de la gorge. Au début, je me dis «c’est la soif, bois!». Donc je bois. Mais ça ne passe pas, je sens toujours ce truc qui me gêne, comme si mes chaires étaient écorchées vives. En moins prononcé, hein, attention, qu’on n’aille pas dire que j’en rajoute.</p>
<p>Donc je me dis «c’est pas la soif, arrête de boire, tu vas pisser partout»… «Mais si c’est pas la soif, qu’est-ce donc, diantre?». Alors je réfléchis. Les pollens? On est au mois d’avril, ça pourrait. Sauf qu’il fait encore 3 degrés le matin et que la végétation est loin d’être luxuriante. Alors, qu’est-ce? Attendez &#8230; Mon dieu&#8230; Non&#8230; Pas ça&#8230; Je suis malade!</p>
<p>Pas possible. Je ne peux pas être malade (phase de déni, autrement appelée la politique de l’autruche).</p>
<p>Hop un coup de pschitt anti-allergique dans le nez, sur un malentendu, ça marchera peut-être.</p>
<p>Et force est de constater que le pschitt antiallergique n’y fait rien.</p>
<p>Alors ensuite, après la gêne dans la gorge, généralement, je commencer à avoir plein de glaires. Je prends ma température, 37,5, j’ai de la fièvre (oui, j’ai une température basse, alors 37,5, chez moi, c’est de la fièvre, je monte jamais en température…).</p>
<p>Heureusement, ça ne tombe jamais sur les bronches. Normal, les docteurs ils ont les médicaments qu’ils se gardent pour eux qu’ils veulent pas donner aux patients pour pas que ça tombe sur les bronches.</p>
<p>Et donc ces glaires s’accumulent. Et ça me fait une boule dans la gorge qui me donne des éructations (notez le langage médecin : éructations. C’est-à-dire que j’arrête pas de roter). Et la nuit c’est pire. La première nuit, quand j’attrape la crève, c’est un supplice. Je n’arrive pas à fermer l’oeil, je passe mon temps à avoir des éructations (langage médecin, maintenant que vous maîtrisez), et à crachouiller des petits glaviots (langage non-médecin, je n’ai pas trouvé l’équivalent de «crachouiller des petits glaviots» dans les ouvrages de référence). Mais clairs, les glaviots. Au début au moins. Après, ça devient jaune. Et puis vert. Mais ça, c’est au bout de quelques jours.</p>
<p>Bref. Et donc là, confirmation, la gêne dans la gorge, la boule asphyxiante, les éructations, puis les glaviots. : je suis bien malade (phase d’acceptation de la maladie). Et c’est parti pour 5 jours. Le nez qui va commencer à couler, les sinus qui vont faire mal, la toux bien caverneuse à réveiller les morts.</p>
<p>Alors au stade des petits glaviots clairs, une seule solution. Autrefois, ma mère m’eût donné de l’Actifed, du Mucomyst et de granules homéopathiques. Notez la logique du truc, homéopathie et Actifed : le placebo associé à la merdasse qui te pète ton anévrisme ou te colle un infarctus. C’est pour compenser je pense : l’absence d’effet secondaire de l’un corrige le cortège d’effets indésirables de l’autre. Et le Mucomyst au milieu pour jouer l’arbitre.</p>
<p>Mais maintenant que je suis armé de mes 9 ans d’études de médecine et que je suis un lecteur émérite Prescrire (séquence auto congratulation), l’homéopathie j’ai un peu lâché l’affaire (et puis le truc <em>5 granules toutes les heures au début, puis toutes les 2 heures si amélioration, puis&#8230;</em> a un côté un peu trop rigide à mon goût). Quant à l’Actifed, c’est vraiment trop limite. Et ça coute un bras, pour une merdasse susceptible de te coller un AVC.</p>
<p>Donc à ce stade, disais-je, il ne reste qu’une solution : le Mucomyst, un «fluidifiant bronchique», sans aucune efficacité au-delà de l’effet placebo&#8230;</p>
<p>Sachant que c’est un joyeux placebo, je tente de me raisonner. «Arrête Foulard, tu n’en prescris pas à tes patients, tu pourrais au moins être cohérent! » Je résiste! Je tente tous les trucs classiques! Sérum phy, eau chaude au citron, etc. Mais rien à faire, les glaires s’accumulent, et la boule m’empêche de respirer, et je ne sens plus que ça, et je vais mourir.</p>
<p>Alors je cède. Non pas que j’en attende des miracles, j’ai bien conscience que tout cela relève de la pensée magique et de l’efficacité symbolique. Mais rester comme ça à ne rien faire et attendre que la mort m’emporte, non!</p>
<p>Cependant, les merdes arrivant toujours au même moment, cette fois-ci, point de Mucomyst dans le tiroir à médicament de la salle de bain.</p>
<p>Me voilà donc contraint d’aller à la pharmacie pour le ravitaillement. Évidemment, une fois sur place, hors de question de dire que je suis médecin. LA HONTE! Malade, déjà, alors qu’un médecin, ça n’est JAMAIS malade, hein, soyons clair (et je compte sur votre discrétion, je nierai tout, même sous la torture). D’ailleurs, je ne suis même pas encore docteur, et c’est probablement pour ça que je suis malade. Ensuite, un médecin qui achète du Mucomyst&#8230; Soyons raisonnables. C’est comme les médecins qui fument ou qui disent à leur patient de pas manger trop gras trop sucré trop salé et de se coucher tous les jours à la même heure, c’est impensable!</p>
<p>Donc me voilà à la pharmacie.</p>
<p>« &#8211; Bonjour, je voudrais une boîte de Mucomyst s’il vous plait.</p>
<p>Didascalies : <em>Pharmacienne coiffée d’une choucroute, la bouche en coeur, la tête légèrement penchée sur le côté mais pas trop sinon la choucroute choit</em></p>
<p>- Bien sûr Monsieur, mais avant tout, dites-moi, quels sont vos symptômes? »</p>
<p>Chiotte, je ne l’avais pas vue venir, d’habitude c’est mon mec que j’envoie au ravitaillement pour ne pas me payer l’affiche.</p>
<p>« &#8211; Heuuuuu, je tousse&#8230; Et euuuuuuh, j’ai le nez qui coule&#8230; (Notez l’ironie du truc : le médecin qui se gave de placebo, qui ne veut pas consulter, et qui se retrouve obligé de faire part de ses symptômes à un pharmacien!)</p>
<p>D’accord monsieur. Et votre toux, elle est plutôt grasse ou plutôt sèche?»</p>
<p>Mais on s’en fout, bordel! C’est de la nioniotte ton truc, tu le sais autant que moi, alors file-moi ma dose!</p>
<p>Ah mais oui, je suis bête. Le rituel. La salade et la garniture autour du bazar, sinon l’effet placebo tombe à l’eau.</p>
<p>Donc à ce stade de la comédie, trouver la bonne réponse pour mettre fin le plus rapidement possible à cette mascarade.</p>
<p>« &#8211; Grasse&#8230;? (sous-entendu : «j’ai bon? Je peux avoir ma boiboite?»)</p>
<p>- D’accord (<em>Petits pas constipés de la pharmacienne, petit tabouret, rayon poudre de perlimpimpim, re-petits pas constipés, tête penchée sur le côté).</em> Voilà la boîte de Mucomyst.»</p>
<p>Pfffiou, heureusement que j’ai bien répondu, sais pas quelle merde elle aurait voulu me refourguer à la place.</p>
<p>« &#8211; Et sinon, est-ce que vous avez de quoi désinfecter vos voies aériennes pulmonaires? » (<em>Bouche en coeur, tête penchée sur le côté)</em></p>
<p>La garce, elle m’a pris par surprise. Et j’ai eu du mal à contenir mon étonnement,  je crois que toutes mes pensées ont dû se lire sur mon visage : désinfecter? Mon dieu, avec quoi, de l’alcool, de la Bétadine? Les voies aériennes? Quelle idée! J’ai juste des glaires qui me font roter! Les voies aériennes pulmonaires? Mais comment veut-elle s’y prendre pour me désinfecter le poumon? Et puis d’abord, à part les voies aériennes «pulmonaires», c’est où qu’il y en a d’autres, des voies aériennes?</p>
<p>Grand moment de solitude. Où j’ai hésité à mettre fin au truc en m’avouant médecin. Mais j’ai résisté. Trop la honte.</p>
<p>«Non, mais en fait, juste du Mucomyst&#8230; s’il vous plait&#8230;»</p>
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		<title>Dr Friandise</title>
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		<pubDate>Fri, 05 Apr 2013 06:17:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>drfoulard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[Une fois n’est pas coutume. Mais comme ma vie n’est pas très palpitante en ce moment, et pour entretenir un semblant d’activité sur le blog, voici quelques nouvelles de mon remplacement chez Friandise. Dr Friandise, c’est copyright Lucette, 70 ans &#8230; <a href="http://drfoulard.fr/?p=454">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Une fois n’est pas coutume. Mais comme ma vie n’est pas très palpitante en ce moment, et pour entretenir un semblant d’activité sur le blog, voici quelques nouvelles de mon remplacement chez Friandise.</p>
<p style="text-align: justify;">Dr Friandise, c’est copyright Lucette, 70 ans et des brouettes au compteur. Le pire, ou le plus drôle, je crois, c’est qu’elle l’appelle comme ça avec une désinvolture pleine d’innocence. Enfin, c’est à dire que si elle l’appelle Friandise, c’est parce qu’elle pense que c’est vraiment son nom. Pourtant, à deux lettres près, on peut difficilement se méprendre. A moins que ce soit à cause de son côté loukoum et cheveux gras-mouillé. Et puis aussi, sans doute, le fait que Lucette prenne son somnifère au petit déjeuner y contribue-t-il un tantinet. «C’est pour ça que je dors mal la nuit !», m’avait-elle répondu quand je lui avais signalé que le cachet, là, c’était celui qu’elle devait prendre le soir. De l’importance d’écrire sur l’ordonnance :</p>
<p style="text-align: center;"><i>NomDuSomnifère : 1 le soir</i></p>
<p style="text-align: justify;">Et non pas :</p>
<p style="text-align: center;"><i>NomDuSomnifère : 1 par jour</i>.</p>
<p style="text-align: justify;">Notons au passage que son pilulier était préparé par l’infirmière.</p>
<p style="text-align: justify;">Sans ça, Lucette est une mamie adorable, qui voue un amour inconditionnel à Hugo le dragon barbu qu’elle a voulu me coller dans les bras pour une séance piloupilou-sur-le-bidon-il-aime-ça-écoutez-il-ronronne-presque (le dragon, pas moi). Séance que j’ai refusée quand j’ai vu que l’iguanodon se nourrissaient de grillons aussi gros que mon pouce.</p>
<p style="text-align: center;"><img class="size-medium wp-image-456 aligncenter" alt="Hugo" src="http://drfoulard.fr/wp-content/uploads/Hugo-300x260.jpg" width="300" height="260" /></p>
<p style="text-align: justify;">Donc le Dr Friandise est, à mon humble avis, un gentil charlatan, dont j’ai la très grande faute de continuer à le remplacer. Alors après tout, j’ai beau jeu de cracher dans la soupe me direz-vous. (J’en connais des qui vont dire que ces salauds de remplaçants ne font qu’à cracher à la gueule des remplacés, suivez mon regard&#8230; Coucou !)</p>
<p style="text-align: justify;">Mais voyez vous, il faut bien nourrir son homme, et si j’avais jusqu’à il y a peu un remplacement régulier chez mon propre médecin traitant, accessoirement médecin de famille dans le village où j’ai grandi, et chez qui j’ai donc vu passé en consultation mes anciennes maitresses d’école et dames de cantines avec lesquelles je n’ai pas toujours été un modèle d&rsquo;exemplarité («ah, et donc tu es devenu médecin?» sous-entendu : on doit vraiment être en rade de toubibs pour qu’il t’ai filé ton diplôme), j’ai du rendre mon tablier quand la remplaçante attitrée a fait son retour de congé maternité. Oui, parce qu’en fait, j’étais le remplaçant de la remplaçante. Enfin bref, tout a une fin, et j’en suis d’ailleurs très contrarié puisque la-dite remplaçante qui ne souhaite pas travailler plus de deux jours par semaine refuse de remplacer son remplacé (vous suivez?) lorsque celui-ci a un imprévu et que donc, c’est vers moi qu’il se tourne ensuite pour boucher les trous. Et si ta remplaçante est une gourdasse coco, fallait me laisser le job!</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin donc me voila à errer comme une âme en peine, de remplacement en remplacement, de cabinet en cabinet.</p>
<p style="text-align: justify;">Bon, en vrai, c’est un choix aussi. Car le remplacement régulier, c’était bien, mais pour avancer cette putain de thèse, c’était moyennement rentable comme affaire (oui, parce que pour l’instant je ne suis pas encore docteur. Notez que je n’usurpe aucun titre car mon tampon dédié à cette activité et sobrement estampillé «Foulard, remplaçant», et qu’il n’y a que sur internet que je suis un charlatan). Le lundi, je le passais donc à bosser au cabinet, mais comme je n’y retournais que 2 jours plus tard, je blindais ma journée. Du coup le mardi était consacré à la prise des rendez-vous que je n’avais pas eu le temps de prendre avec les spécialistes pour les patients vus le lundi, aux courriers et aux diverses tâches passionnantes que sont les échanges épistolaires avec l’URSSAF, la CPAM, etc. De fait, le mercredi était alors dévolu au repos du guerrier, pour récupérer du lundi et du mardi, et en prévision de la journée de remplacement du jeudi. Et le vendredi, rebelote, rendez-vous spécialistes, CPAM et URSSAF mon amour. Et c’est ainsi que la thèse a disparu pendant 6 mois sous une couche de poussière et de gravillons de la litière du chat qui en avait fait son poste pour surveiller les oiseaux du jardin, pour ne refaire surface que lorsque la gourde eut pondu son gosse.</p>
<p style="text-align: justify;">Mon activité se résume maintenant à un samedi sur deux dans un cabinet fort agréable (chez mon ancien maître de stage, de l’opportunité et du retour sur investissement à la maîtrise de stage, où comment joindre l’utile à l’agréable, bien que d’après mon expérience chez deux autres maîtres de stage et l’expériences d’autres internes, ce soit assez souvent une occasion de joindre l’utile à l’utile pour certains maîtres peu scrupuleux), à quelques gardes en maison médicale les samedis et dimanches et qui constituent une grosse moitié de mes revenus pour un temps de travail somme toute dérisoire (et je comprends pourquoi certains en font une activité à part entière, travailler moins pour gagner plus, bien qu’il soit alors nécessaire d’être très peu exigeant sur ce que vous donne droit 10 années d’études), et à quelques semaines éparses chez Friandise, qui, aux dires des patients, n’a jamais pris autant de vacances depuis que je suis là.</p>
<p style="text-align: justify;">Donc Friandise, qui mêle allègrement l’homéopathie, la micronutrition, la mésothérapie (mon dieu j’espère qu’il n’en a plus que le titre sur ses en-têtes d’ordonnances étant donné l’état pitoyable de son matériel), la géobiologie et la naturopathie auxquelles il ne prétend aucune compétence mais qu’il accepte volontiers de conseiller à ses patients, et le tout saupoudré de la visite médicale triquotidienne, a fort heureusement une patientèle assez nomade et il se trouve toujours quelques nouveaux pour se satisfaire de ma médecine plus conventionnelle. Mais même après plusieurs passages chez lui, je suis toujours aussi étonné d’entendre un patient me dire qu’il paye habituellement un supplément de 1 euro s’il règle par carte bancaire, ou bien que le renouvellement d’ordonnance pour le conjoint non présent à la consultation est lui aussi facturé 23€.</p>
<p style="text-align: justify;">Je passerai sur les joies de travailler avec une patientèle habituée à ce qu’on lui satisfasse aux moindres de ses désires («allo, il me faut un rendez-vous en urgence, j’ai plus de médicaments pour mon diabète. Comment ça vous ne voulez pas me recevoir aujourd’hui alors que je vous appelle à 18h30? Et bien je vais vous dire monsieur, vous êtes, vous êtes, vous êtes&#8230; MECHANT»&#8230;).</p>
<p style="text-align: justify;">Pif paf pouf. Et j’ai encore accepté de le remplacer 3 fois, d’ici fin aout. 2 semaines à chaque coup. D’un autre côté, je n’ai encore rien signé. Mais j’ai tellement la trouille de ne rien trouver&#8230;</p>
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		<title>Au boulot!</title>
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		<pubDate>Sun, 20 Jan 2013 21:18:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>drfoulard</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Et une nouvelle semaine de remplacement. Et un nouveau cabinet. Coup d’essai avant d’accepter les autres propositions de ce remplacé. Reviendrai-je? Argument de poids : il y a eu du boulot. Beaucoup. Des consultations, évidemment. Et des visites. Plus ou &#8230; <a href="http://drfoulard.fr/?p=445">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-medium wp-image-449" title="4106032875_2046d01b54_o" src="http://drfoulard.fr/wp-content/uploads/4106032875_2046d01b54_o-300x169.jpg" alt="" width="300" height="169" />Et une nouvelle semaine de remplacement.</p>
<p style="text-align: justify;">Et un nouveau cabinet.</p>
<p style="text-align: justify;">Coup d’essai avant d’accepter les autres propositions de ce remplacé.</p>
<p style="text-align: justify;">Reviendrai-je?</p>
<p style="text-align: justify;">Argument de poids : il y a eu du boulot.</p>
<p style="text-align: justify;">Beaucoup.</p>
<p style="text-align: justify;">Des consultations, évidemment.</p>
<p style="text-align: justify;">Et des visites. Plus ou moins justifiées. Point positif pour le remplacé : il en avait fait un maximum avant son départ. Je n’ai eu que les visites «urgentes» à faire. Enfin, urgentes… Les habituels «je me suis réveillé ce matin et j’avais plus de comprimé pour mon coeur»<em>, </em>ou encore les «il faut venir, c’est ma fille qu’a plus de comprimés pour dormir, et elle veut pas se déplacer au cabinet»<em>.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Je commence à les voir venir ceux-là.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais souvent, je me fais encore avoir.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme Mickael. Chez qui j’ai été en pensant que c’était pour son père Michel qui lui ne peut pas aligner plus que les 15 pas qui séparent son lit du canapé et le canapé des chiottes. Quand j’ai sonné au portail en plastique imitation époque coloniale, c’est Mickael, en petit Marcel par 2 degrés, qui est venu m’ouvrir. D’un pas léger et alerte, il m’a fait traverser le jardin jonché de cages à lapins, et m’a expliqué qu’il était trop mal pour pouvoir mettre un pied devant l’autre. <em>Ah oui, je vois ça&#8230; Et donc tu vas profiter de la visite pour ton père pour me taxer une consultation si je comprends bien. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em></em>Il m’a fait rentrer dans le salon par la porte fenêtre. Il y faisait une chaleur étouffante. Tous les volets étaient fermés, hormis ceux de la porte par laquelle nous étions rentrés. Seul un rai de lumière dans l’air poussiéreux éclairait la pièce. J’ai suivi Mickael jusqu’à la cuisine, entre les empilements de cartons éventrés et de cages à lapins vide, en essayant de ne pas tout faire tomber avec ma sacoche ou mon sac à dos. Il s’est assis et a commencé à m’expliquer avec moult détails, qu’en gros, il avait la chiasse. Mais qu’il n’avait pas besoin de médicaments! Parce qu’il lui en restait de la dernière fois. Juste besoin d’un arrêt de travail. Pour la veille, donc. Seulement. Parce que jour là, ça allait, il était de repos.</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;- Et votre père, alors, il est où?</p>
<p style="text-align: justify;">- Bah il est pas là!</p>
<p style="text-align: justify;">- Et pourquoi vous m’avez fait venir alors?</p>
<p style="text-align: justify;">- Bah c’est pour moi! J’suis malade, depuis 2 jours j’vais trop pas bien, j’peux pas m’déplacer, et hier quand j’suis venu au cabinet, y’avait plus d’place.&nbsp;&raquo;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;"><em>OK. Donc tu me fais venir parce que depuis 2 jours tu es trop mal pour marcher et qu’hier il y avait plus de place quand tu es venu au cabinet mais c’est juste pour un arrêt de travail parce que tu t’automédiques avec les fonds de tiroir.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Des fois, je me dis qu’il doit y a voir une faille dans l’espace temps et que deux mondes aux logiques totalement opposées se rencontrent accidentellement.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin bref, j’ai pas eu le courage d’essayer de comprendre, et encore moins d’argumenter. J’ai essayé tant bien que mal de mettre mon cerveau en phase avec le sien. Et il a du trouver ça super chouette puisqu’il m’a proposé un café. Que j’ai poliment décliné, hein, parce que le café de la quatrième dimension, on sait jamais.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons donc retraversé le salon. Les cages que je pensais vide étaient en fait remplies de copeaux de bois et de matières en décomposition. Ce qui expliquait l’odeur écoeurante qui m’avait donnée la nausée en rentrant, et que j’avais mise sur le compte de cette promiscuité pesante.</p>
<p style="text-align: justify;">En arrivant sur le pas de la porte, il m’a demandé si j’avais vu les bêtes.</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;- Pardon?</p>
<p style="text-align: justify;">-Mes bêtes, vous les avez vues?</p>
<p style="text-align: justify;">- Aaaaah! Les lapins dans le jardin?</p>
<p style="text-align: justify;">- Non! Ça, c’est l’manger.</p>
<p style="text-align: justify;">- Ah? Les lapins, là, c’est pour manger?</p>
<p style="text-align: justify;">- Noooooon! C’est l’manger! Pour les serpents!</p>
<p style="text-align: justify;">- … ah?</p>
<p style="text-align: justify;">- Vous voulez voir? Y sont dans l’salon.</p>
<p style="text-align: justify;">-… non… merci… ça … j’ai encore des visites.&nbsp;&raquo;</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">La quatrième dimension&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin.</p>
<p style="text-align: justify;">Donc, j’ai eu du boulot.</p>
<p style="text-align: justify;">Et il y a une secrétaire sur place! Bon, elle fait un peu à sa sauce… On avait convenu de créneaux de 20 minutes. Elle a tenu la journée. Elle a du trouver que ça mollissait parce que le deuxième jour, c’était plus que 15 minutes. Alors 15 minutes, c’est encore jouable. Surtout que beaucoup de patients consultaient pour des rhume J1. Mais 15 minutes, quand les patients viennent à deux, qu’il faut encore rajouter ceux qui tapent l’incruste dans la salle d’attente et les mômes qui ont de la fièvre, ça commence à être tendu comme timing.</p>
<p style="text-align: justify;">Parce qu’il y aussi la question des WC à gérer! C’est simple : il n’y en a qu’un, il est au rez de chaussée, moi je suis à l’étage, et il faut le partager avec les 3 autres médecins ET les patients. Sachant que j’y vais en moyenne toutes les heures, maximum toutes les deux heures… En plus, avec l’ampoule qui est morte, avant 8h et après 17h, c’est pipi en nocturne. Donc j’ai opté pour la solution lavabo, dans le cabinet. Jusqu’à ce que l’associé d’à côté rentre sans frapper par la porte de communication que je pensais condamnée.</p>
<p style="text-align: justify;">Du reste, les patients sont sympas. Beaucoup n’ont pas d’a priori avec le remplaçant.</p>
<p style="text-align: justify;">Bien sûr, j’ai eu mon lot de champions.</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">«Bonjour, je viens pour mon fils, mais comme il est malade, je l’ai laissé à la maison.»</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Sinon c’est pas drôle.</p>
<p style="text-align: justify;">Et je pense même que certains étaient drôlement contents que ce soit un remplaçant, surtout un p’tit jeune un peu niais.</p>
<p style="text-align: justify;">Notamment la dame qui m’a probablement entubé sur une prescription de morphine. Ah ça, il était bien monté, son manège.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle a débarqué à J1, en plein milieu du bordel des consultations de fin de journée, en tapant le scandale pour que je la vois entre deux. Et même qu’il y en aurait pas pour longtemps puisque c’était juste pour refaire les ordonnances de son mari qui avait pas pu venir. J’ai refusé. Très poliment. Je lui ai proposé un RDV pour J2, mais comme elle a fini par entrer de force dans le cabinet et par s’asseoir au bureau, je l’ai foutue dehors. Sans plus aucune diplomatie. Et elle est partie en me traitant de tous les noms. Sans prendre son rendez-vous.</p>
<p style="text-align: justify;">A J2 elle est revenue, et m’a fait la même scène. Alors je l’ai refoutue dehors. Mais ce coup-ci, elle a pris son rendez-vous pour J3.</p>
<p style="text-align: justify;">Et à J3, elle est venue, avec M son mari. Ils ont été ingérables.</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">- «Et vous m’mettrez 3 boîtes de Doliprane, et oubliez pas le médicament pour l’coeur, et vous m’mettrez aussi l’Voltarène, ah et aussi faut mettre non substituable parce que j’ai failli mourir avec un générique, et de l’Efferalgan aussi».</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Et son mari de son côté :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">- «Docteur j’sais pas lire, vous avez bien mis l’médicament pour l’estomac? Et ma femme elle a du Voltarène, moi aussi j’veux du Voltarène. Et non substituable, vous l’avez mis, parce que ma femme, elle a failli mourir avec un générique.»</p>
<p style="text-align: justify;">- « Mais tais-toi c’est mon ordonnance qu’il est en train d’faire l’docteur. Hé, Docteur, et il faut aussi lui faire son ordonnance pour sa morphine à mon mari, tenez, là, c’est l’ancienne, mais comme j’étais en colère hier en partant d’chez vous, j’l’ai déchirée, alors j’l’ai recollée, t’nez, là, c’est là».</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Et je lui ai refait son ordonnance de morphine, au mari.</p>
<p style="text-align: justify;">Et c’est le soir, en rentrant à la maison, que je me suis dit qu’il y avait un truc qui clochait. Et j’ai repensé au coup de l&rsquo;ordonnance déchirée, avec le nom du mari sur un morceau, le nom de la morphine sur un autre, la pharmacie de délivrance sur un troisième bout, le tout grossièrement scotché ensemble&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a eu du boulot. C’est déjà ça.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Un samedi matin</title>
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		<pubDate>Sat, 05 Jan 2013 13:27:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>drfoulard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[Il fait encore nuit. Derrière la porte fenêtre du cabinet, les lampadaires se reflètent sur le parking humide. Je suis arrivé bien plus tôt que prévu. Personne sur la route le samedi. Surtout à cette heure là. Voila, la compta &#8230; <a href="http://drfoulard.fr/?p=439">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Il fait encore nuit. Derrière la porte fenêtre du cabinet, les lampadaires se reflètent sur le parking humide. Je suis arrivé bien plus tôt que prévu. Personne sur la route le samedi. Surtout à cette heure là.</p>
<p style="text-align: justify;">Voila, la compta est terminée et j’ai fini le tri du courrier.</p>
<p style="text-align: justify;">Hier, la journée a été chargée et fatigante. Je n’ai pas eu le courage de m’occuper de cette paperasse avant de partir. J’ai préféré venir plus tôt ce matin.</p>
<p style="text-align: justify;">Faut dire, si je n’avais pas accepté de voir tous ces patients, ça aurait peut-être été un peu moins la course. Mais le début de semaine a été calme. Trop calme. Et mes angoisses de salle d’attente vide sont revenues… Alors forcément, arrivé le vendredi en n’ayant pas vu grand monde jusque là, j’ai accepté toutes les demandes. Un peu comme les jours où je n’ai pas une minute pour avaler un morceau. Je saute sur le placard à gras en rentrant le soir. <em>Le poids c’est une question d’équilibre entre les entrées et les sorties</em>. Mon cul.</p>
<p style="text-align: justify;">Je jette un coup d’oeil à ma montre. 8h. J’ai encore le temps de me faire un thé avant l’arrivée du premier patient. Je vais pouvoir en profiter pour lire les blogs des copains.</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui s’annonce calme. Le premier patient est prévu pour 8h40. S’il vient. Le samedi, les faux bonds de début de journée sont relativement plus fréquents que le reste de la semaine.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai prévu des créneaux jusqu’à 14h, mais je vais peut-être réduire. Rester là à attendre l’hypothétique patient, c’est encore pire.</p>
<p style="text-align: justify;">Ça me tracasse.</p>
<p style="text-align: justify;">3 fois que je relis la même phrase de ce billet sans m’en rendre compte. Je n’arrive pas à fixer mon attention. Ce n’est pas ce matin que je vais rattraper mes lectures en retard.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai laissé mon thé infusé trop longtemps. Imbuvable.</p>
<p style="text-align: justify;">Je râlais pendant le remplacement précédent. Les journées étaient complètes une semaine à l’avance, et les créneaux d’urgence n’étaient jamais suffisants. Mais ça avait ce côté sécurisant d’une bonne journée de travail assurée.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le cabinet actuel, quand j’arrive le matin, le planning est aussi vide que l’autre était plein. Et la demande est très variable d’un jour sur l’autre.</p>
<p style="text-align: justify;">Lundi, je commence un nouveau rempla. Une semaine. Ce sera la première fois chez ce médecin.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a quelques jours, la secrétaire m’a appelé pour connaître mes horaires. Elle commençait à avoir des demandes de consultations. Visiblement, je devrais travailler un peu plus qu’ici. Tant mieux.</p>
<p style="text-align: justify;">Reste juste à savoir si les habitudes du remplacé ne seront pas trop différentes des miennes. C’est parfois difficile de concilier sa façon de travailler avec celle à laquelle les patients sont habitués.</p>
<p style="text-align: justify;">Ici, les journées sont calmes, mais au moins, le médecin que je remplace a des méthodes assez proches des miennes. C’est peut-être aussi ça qui agite mes nuits. Sa façon de travailler, la mienne, et si peu de patients.</p>
<p style="text-align: justify;">8h20. La première patiente est là. C’est déjà ça.</p>
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		<title>Bis repetita</title>
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		<pubDate>Sun, 30 Dec 2012 17:28:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>drfoulard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[Aujourd’hui j’ai vu Daniel. Comme toutes les semaines. Il vient chaque jeudi, ou presque. On se voit en fin d’après-midi, quand il sort du boulot. Et on avance. Comme ça, doucement. Depuis 4 mois. Ça a été un peu difficile &#8230; <a href="http://drfoulard.fr/?p=433">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui j’ai vu <a title="Daniel" href="http://drfoulard.fr/?p=390" target="_blank">Daniel</a>. Comme toutes les semaines.</p>
<p style="text-align: justify;">Il vient chaque jeudi, ou presque. On se voit en fin d’après-midi, quand il sort du boulot. Et on avance. Comme ça, doucement. Depuis 4 mois.</p>
<p style="text-align: justify;">Ça a été un peu difficile au début. Avec sa «psychologue» qui lui faisait ses tours de passe-passe, j’ai rapidement compris qu’il ne décrocherait pas, et qu’il faudrait composer avec. Elle, elle n’entendait pas le truc de la même manière. Elle lui donnait ses rendez-vous aux mêmes heures que les miens. Tout pour m’emmerder. Du coup, il arrivait avec une heure de retard. Et comme je ne voulais pas le laisser dans son merdier, je le prenais. Avec une heure de retard. Quand j’ai compris le manège, je lui donnais ses rendez-vous à 18h, et je le notais à 19h dans mon planning.</p>
<p style="text-align: justify;">Entre les idées qu’elle lui collait dans le crâne, les faux espoirs qu’elle lui laissait entrevoir, les pseudo thérapies familiales qu’elle voulait mettre en place, c’était pas évident d’assurer mon pauvre «soutien psychologique», celui qu’on nous apprend à la fac, en 3 lignes et demi dans un poly de psy passé de mode.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais bon, entre 70€ la séance hebdomadaire chez elle et mon malheureux tiers payant à 6,90 €, il a rapidement été plus assidu à mes consultations qu’aux siennes.</p>
<p style="text-align: justify;">Toujours est-il que je pensais avoir merdouillé en le mettant en arrêt de travail initialement, suite à sa rupture, et qu’il n’en sortirait plus. Mais au bout d’un mois, il a repris le boulot. Un peu difficilement au début, par période de quelques jours entrecoupés d’arrêts d’une journée. Mais ça a fini par repartir.</p>
<p style="text-align: justify;">Sa bonne femme jouait les prolongations pendant ce temps là. Un coup je t’aime, un coup je me barre.</p>
<p style="text-align: justify;">Le moral de Daniel suivait le mouvement, 3 pas en avant, 2 en arrière. Ou l’inverse.</p>
<p style="text-align: justify;">Au bout d’un moment, il s’est rendu compte qu’il avait plus à souffrir en la ménageant, avec l’espoir de la récupérer, plutôt que de la perdre une bonne fois pour toute.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors il lui a donné un ultimatum.</p>
<p style="text-align: justify;">L’ultimatum, c’est dans 3 jours. Il s’est préparé. Il sait que ça sera difficile. Il me raconte par le menu comment il voit les choses, la suite.</p>
<p style="text-align: justify;">Et pendant qu’il me raconte tout ça, que je me rends compte qu’il va encore devoir ramer pour remonter la pente, je me demande comment je vais lui annoncer que c’est notre dernière consultation ensemble. Que la semaine prochaine, quand il s’assiéra de l’autre côté de ce bureau pourri, ce ne sera pas moi en face. Qu’il n’y aura plus ce boucan d’enfer qui vient ponctuer ses longs silence à chaque fois que j’étends les jambes et que je me prends le fond métallique du caisson.</p>
<p style="text-align: justify;">J’y ai déjà pensé. Les fois précédentes. Je ne peux même pas me raccrocher à une branche en lui disant qu’il va devoir continuer avec son médecin traitant, celui que je remplace : il n’a vu que moi depuis qu’il a débarqué dans ce cabinet.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai remis la corvée à la fois suivante. Consultation après consultation. Je me suis raccroché à l’espoir qu’il irait mieux avant la fin de mon remplacement. Quel abruti, quand j’y repense. C’était tellement improbable.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors, depuis une semaine, ça me trotte en tête. J’ai honte d’avoir songé pendant un moment à ne rien lui dire. A lui donner son rendez-vous comme d’habitude, et à lui laisser découvrir ma saloperie sur le tas, et à partir sans laisser d’adresse, à la cloche de bois. Mais je me suis dit que ce serait pire que tout. Egoïstement, je me suis dit que je ne me le pardonnerai pas.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors, par égard pour lui certainement, et pour assurer un semblant de quiétude à ma conscience, ce qui n’est pas la plus noble des motivations, je lui ai annoncé mon départ.</p>
<p style="text-align: justify;">La consultation avait été longue et difficile. Il n’allait pas très bien avec cette histoire d’ultimatum. Ça tombait vraiment mal.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai pris mon courage à deux mains, et je lui ai dit que ce ne serait pas moi la semaine prochaine. J’ai enchaîné en lui disant que le remplacé ferait très bien les choses et qu’il n’avait pas de soucis à faire. Ce genre de foutaises dont il n’avait rien à secouer.</p>
<p style="text-align: justify;">Il m’a demandé où j’allais après. J’aurais dû m’y attendre. Mais comme j’improvisais…</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai perdu la maîtrise du truc, je me suis pris les pieds dans le tapis, et dans la panique, je lui ai dit où j’irai remplacer, à 30 km d’ici. Et comme je me rendais compte de ma connerie, j’ai rajouté que ça ne serait qu’une semaine seulement, qu’après ce serait encore ailleurs, et ensuite encore autre part.</p>
<p style="text-align: justify;">Et c’est là que j’ai merdé. Encore plus.</p>
<p style="text-align: justify;">Il m’a dit qu’il était prêt à faire la route. Il semblait tellement y croire.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai craqué.</p>
<p style="text-align: justify;">Et je lui ai donné rendez-vous dans cet autre cabinet.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais comment on peut être aussi con! Qui peu croire assez stupidement qu’il y aura un semblant de suivi dans ce bordel sans nom? Un coup à droite, un coup à gauche, un coup rien pendant 3 semaines. Et si demain je remplace à 100 bornes de là, qu’est-ce qu’il fera? Il viendra? Il retournera ici, avec ce médecin qu’il n’a jamais vu, et chez qui il n’a pas mis les pieds pendant 3 mois?</p>
<p style="text-align: justify;">Et moi qui crachait sur l’autre joueuse de pipeau qui le menait par le bout du nez, j’ai bonne mine tiens, avec mon patient que j’ai rendu dépendant et que je n’ai pas su laisser entre les mains d’un autre.</p>
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		<title>Pandore et les écuries d&#8217;Augias</title>
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		<pubDate>Sat, 01 Dec 2012 13:36:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>drfoulard</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Tout récemment sur Twitter, certains ont émis l’idée d’ouvrir un blog ou un forum pour échanger à propos de nos erreurs médicales. Tout est parti de cette vidéo de Brian Goldman. Si vous ne l’avez pas vue, je vous la &#8230; <a href="http://drfoulard.fr/?p=419">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://toutetrien.fr"><img class="alignright size-medium wp-image-422" title="Toutetrien.fr" src="http://drfoulard.fr/wp-content/uploads/Nature1-300x225.jpg" alt="" width="300" height="225" /></a>Tout récemment sur Twitter, certains ont émis l’idée d’ouvrir un blog ou un forum pour échanger à propos de nos erreurs médicales. Tout est parti de cette <a href="http://www.ted.com/talks/lang/fr/brian_goldman_doctors_make_mistakes_can_we_talk_about_that.html" target="_blank">vidéo de Brian Goldman</a>. Si vous ne l’avez pas vue, je vous la conseille. C’est un peu long mais on comprend assez bien la problématique.</p>
<p style="text-align: justify;">Bref, tout ça pour dire que c’est probablement une très bonne idée. Ça risque de faire grincer quelques dents au passage. Mais il faut bien que ça commence à bouger quelque part.</p>
<p style="text-align: justify;">Et c’est vrai que de ce côté là, on a du mal à se sortir de nos vieilles habitudes. Les médecins ont un penchant naturel à rester empêtrés dans leurs manies qu’ils gardent précieusement dans un carton à chapeau, histoire de les ressortir au moment opportun.</p>
<p style="text-align: justify;">La première fois que je me suis planté, que j’ai fait une erreur qui aurait pu être lourde de conséquence, c’était en pédiatrie. J’étais interne depuis 2 mois, c’était mon premier semestre et je croyais que mon casier garderait un peu plus sa virginité. Je bossais aux urgences, et je suis passé à côté d’une appendicite chez une nénette de 13 ans. Je l’avais renvoyée gentiment chez elle. Quelques jours plus tard, mon chef m’a pris entre 4 yeux, et m’a appris qu’elle était revenue, qu’elle avait été opérée «juste à temps, à deux doigts de la péritonite », mais qu’elle aurait pu en garder des séquelles. « Elle aurait pu devenir stérile ! Ou pire, elle aurait pu y rester ».</p>
<p style="text-align: justify;">J’étais interne depuis 2 mois. Au début, j’ai voulu tout arrêter. Normal. Finalement, je me suis dit qu’il fallait rebondir. Que je ne me ferais plus jamais avoir. Et j’ai passé des heures à plancher sur le sujet. L’appendicite dans tous ces états. Totalement inutile. Car la même situation, avec un ou deux paramètres différents, dans un autre contexte, ou la même chose mais en changeant de maladie, rien ne dit que je ne recommencerais pas. Les connaissances, on les a tous. Au moins les bases. Et il est illusoire de vouloir tout connaître dans les moindres détails. C’est le reste qui merde. Et jamais on a regardé ce qui s’était passé ce jour là. Pourquoi dans ma tête, c’était le mauvais tiroir qui s’était ouvert. Mon chef m’a juste fait culpabiliser à mort.</p>
<p style="text-align: justify;">La seconde fois, j’étais en troisième semestre d’internat. Ma chef m’avait envoyé dans un autre service pour voir une patiente à sa place. J’ai vu la patiente, j’ai mis un mot dans son dossier et je lui ai prescrit un traitement. Sauf qu’elle avait une contre-indication. Une contre-indication majeure. Une contre-indication qui aurait pu la tuer. Quelqu’un a rattrapé le coup, et au final, ça n’a pas eu de conséquences.</p>
<p style="text-align: justify;">Je n’ai eu aucun retour de ma chef. Par contre, mes collègues, si. Pendant le déjeuner, elle avait été leur dire qu’au bout de mes 5 mois dans son service, faire une telle erreur, c’était quand même assez inquiétant. Mais à moi, elle n’en a jamais parlé. Je suis repassé par les mêmes états de dévalorisation, honte, remords et bonnes résolutions. Et quelles bonnes résolutions ? Celle de vérifier les contre-indications avant de prescrire ? Mais bien sûr ! C’est pas comme si avant ça, je les vérifiai déjà compulsivement, et parfois même dans deux ou trois sources différentes.</p>
<p style="text-align: justify;">La troisième fois, je suis passé à côté d’une infection pulmonaire. C’était aux urgences adultes. Et je crois bien que ça a été la seule fois où ça a été à peu près constructif. Lorsque mon chef m’a fait venir dans son bureau pour m’en parler, il n’a pas remis mes connaissances médicales en question. Il ne m’a pas fait culpabiliser sur les conséquences potentielles. Il m’a simplement aidé à trouver à quel moment ça avait merdé dans mon raisonnement. Comment est-ce que j’aurais dû me méfier des circonstances de travail ce jour là. Comment est-ce que j’aurais dû me méfier de moi-même.</p>
<p style="text-align: justify;">La dernière fois, j’étais en stage en cabinet. J’avais vu un patient à son domicile. Il avait une infection pulmonaire. A ce moment là, une petite voix quelque part me disait qu’il aurait été prudent de l’hospitaliser. Mais la famille était réticente. J’ai téléphoné à mon chef qui connaissait mieux tout ce petit monde. Il m’a écouté d’une oreille distraite et distante et m’a fait comprendre que l’hospitalisation, ok, mais vraiment vraiment vraiment en dernier recours et seulement si c’était vraiment vraiment vraiment nécessaire. Et je ne l’ai pas fait hospitaliser.</p>
<p style="text-align: justify;">2 jours plus tard, j’ai appelé pour prendre des nouvelles. Finalement, la famille avait préféré le faire hospitaliser. Bien bien bien.</p>
<p style="text-align: justify;">Encore 3 jours plus tard, j’ai appelé dans le service. Il était décédé.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai voulu en parler avec mon chef. Comme toute réaction de sa part, j’ai eu un « ah ? ».</p>
<p style="text-align: justify;">Et on est passé au sujet suivant.</p>
<p style="text-align: justify;">Depuis que je remplace, je vois régulièrement des patients qui veulent changer de médecin traitant. Parce que celui chez qui ils allaient avant, c’est un mauvais, qu’il s’est trompé de diagnostic, qu’il n’a pas vu ce qu’il y avait à voir, où qu’il a donné un médicament qu’il n’aurait pas du. Mais si vous saviez. Si vous saviez que je suis passé à côté d’une appendicite. Si vous saviez que je suis passé à côté d’une infection pulmonaire. Si vous saviez que j’ai failli tuer une patiente avec un médicament…</p>
<p style="text-align: justify;">Quand j’avais 5 ans, mes parents ont emménagé dans un petit bled. Quelques années plus tard, j’ai appris que notre nouveau médecin traitant n’était pas beaucoup apprécié en raison d’une « grosse erreur médicale ». Personne ne savait de quoi il s’agissait, ni de qui. Mais il avait cette caractéristique qui le mettait dans la catégorie à part des médecins qui font des erreurs. Sous-entendant qu’il existerait celle des médecins qui n’en font pas. Dès l’âge de 10 ans. Faut pas perdre de temps avec le bourrage de crâne.</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui, ma blouse de remplaçant est encore propre. Mais plus j’avance sans avoir fait de connerie, et plus je me dis que statistiquement, le risque augmente que j’en fasse une. A quel moment est-ce que je vais changer de bord ?</p>
<p style="text-align: justify;">Le pire, c’est que ce jour là, le jour où j’aurais envoyé un patient au casse-pipe, je n’en saurais sans doute rien. Du moins, pas tout de suite. Et un matin, ça me tombera sur le coin du nez. « Vous vous souvenez, Mme machin… ».</p>
<p style="text-align: justify;">Et certains patients s’en iront. C’est normal. C’est tellement ancré. Et de toute manière, quand la confiance n’est plus là, ce n’est plus la peine.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais ne croyez pas que le monde est blanc ou noir, et qu’en quittant le navire, vous pourrez vous en remettre à un autre, l’esprit serein. Même si c’est rassurant, et que ça arrange tout le monde de croire encore à ce fantasme d’une médecine immaculée. A commencer par les médecins qui sont bien contents qu’on ne vienne pas les titiller pendant qu’on est occupé à gloser sur celui d’en face qui s’est lamentablement planté.</p>
<p style="text-align: justify;">Et moi, quand je vous vois arriver dans mon bureau, et que vous me dites que vous voulez changez de médecin parce que l’autre a raté son coup, peut-être que je devrais prendre mon courage à deux mains, et vous dire qu’on se rate tous un jour ou l’autre. Mais non, c’est plus confortable comme ça. Pour l’instant. Et quand j’aurais merdé à mon tour, je n’aurais plus qu’à croiser les doigts en espérant que ça fasse le moins de remous possible. Jusqu’à la prochaine.</p>
<p style="text-align: justify;">Tant qu’on continuera à croire que l’erreur médicale est une faute impardonnable, un aveu de faiblesse, tant qu’on laissera nos patients croire qu’on est des bons parce qu’on ne s’est jamais planté, alors qu’en fait c’est juste qu’on ne s’est jamais fait piquer, alors on restera comme ça, à se regarder du coin de l’œil en se demandant qui sera le prochain. Et quand quelqu’un voudra ouvrir sa boîte de pandore, on continuera à détourner bien vite notre regard, en espérant que les éclaboussures s’arrêteront sur le pas de notre porte et qu’elles ne viendront pas lever de soupçons sur ce qui se passe dans nos petits dossiers bien rangés.</p>
<p style="text-align: justify;">PS : Encore merci à <a href="http://toutetrien.fr">toutetrien.fr</a> pour la photo. Faut vraiment que j’aille en faire des nouvelles.</p>
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		<title>Encore raté</title>
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		<pubDate>Mon, 19 Nov 2012 16:17:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>drfoulard</dc:creator>
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		<description><![CDATA[C’est un après-midi de vacances scolaires, en plein mois de novembre. Tous les autres cabinets du coin sont fermés et ma pauvre dizaine de créneaux d’urgence n’a pas tenu plus de 2 heures. Le secrétariat m’appelle donc toutes les demies &#8230; <a href="http://drfoulard.fr/?p=409">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://toutetrien.fr/sur-les-routes-du-travail/"><img class="alignright size-medium wp-image-410" title="Tout et Rien" src="http://drfoulard.fr/wp-content/uploads/Sur-les-routes-au-matin-5-300x183.jpg" alt="" width="300" height="183" /></a>C’est un après-midi de vacances scolaires, en plein mois de novembre. Tous les autres cabinets du coin sont fermés et ma pauvre dizaine de créneaux d’urgence n’a pas tenu plus de 2 heures. Le secrétariat m’appelle donc toutes les demies heures pour savoir si je peux recevoir un patient de plus. Les demandes sont toutes aussi légitimes les unes que les autres mais je suis bien obligé d’en refuser certaines pour voir les plus urgentes. Les autres attendront un jours ou deux. Quant aux visites à domicile, j’ai réussi à faire venir deux ou trois personnes qui ont râlé tout ce qu’elles pouvaient, pas habituées à ce qu’on leur demande de se bouger. Mais en cherchant bien, elles ont finalement trouvé un moyen de se déplacer. Pour les vraies visites, celles qui ne peuvent pas attendre, je case ça où je peux.</p>
<p>Un nouvel appel des secrétaires. Elles me demandent si je peux passer voir Mme Saunier, une petite mamie de 90 ans que je n’ai jamais vue. Je prends l’appel pour voir un peu si je dois vraiment me déplacer maintenant, ou si c’est encore une demande de renouvellement de traitement qui pourra bien attendre la semaine prochaine.</p>
<p>C’est sa fille qui est au téléphone. Elle insiste pour que je vienne, sa mère est tombée la semaine dernière. Ce qui n’est pas vraiment le problème, mais depuis, elle a des hématomes qui sont apparus. Et surtout, elle est encore tombée plusieurs fois. J’ai un peu de mal à cerner la demande exacte, mais on convient de mon passage le lendemain matin, avant les consultations.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Un peu avant 8h, le lendemain, après avoir traversé la campagne noyée dans le brouillard, je débarque chez Mme Saunier.</p>
<p>Je redécouvre les pavillons que j’avais connus quand je venais d’avoir 16 ans et que je faisais facteur pendant les vacances scolaires. L’avantage de remplacer son médecin traitant, je connais bien le coin. Et ça n’a pas vraiment changé ici. Il y a quand même quelques pavillons qui ont poussé sur les terrains revendus à la découpe. Mais le quartier reste majoritairement habité par les anciens du village. A l’époque, tout le monde se connaissait. Je suppose que c’est toujours le cas.</p>
<p>La maison de Mme Saunier est au bout d’une petite allée qui traverse la partie avant du jardin. Ce n’est pas encore la friche, mais on voit que l’entretien n’est plus fait depuis quelques temps. De la rue, il n’y a que la fenêtre de la cuisine allumée.</p>
<p>Je pousse le portail, traverse le jardin, et frappe à la porte. C’est sa fille qui vient m’ouvrir. Elle est encore en robe de chambre. Elle est venue dormir ici quelques jours.</p>
<p>On traverse le rez-de-chaussée, jusqu’à la chambre à coucher qui a vu sur le reste du jardin. C’est une maison comme en ont les gens qui y ont vécu toute une vie. Où chaque meuble, chaque bibelot a une place bien précise.</p>
<p>Mme Saunier finit tranquillement sa nuit. Sa fille la réveille doucement et lui annonce que je suis là.</p>
<p>Je rentre dans la chambre et lui demande comment elle va. Elle a un peu mal à la hanche, mais seulement quand elle bouge. Je l’examine. Elle a quelques hématomes sur les cuisses et les fesses, mais rien de bien méchant. Elle râle un peu quand je lui demande de lever les jambes. Mais sa fille me rassure en me disant qu’elle les bouge bien et qu’elle arrive à marcher toute seule. Sauf qu’elle tombe de plus en plus souvent, et que maintenant, elle a peur de se déplacer. Je lui prends la tension avec mon brassard 3 fois trop grand pour elle, j’écoute le cœur, les poumons. Elle n’a pas l’air si mal que ça pour une petite mamie de 90 ans qui vient de se casser la binette.</p>
<p>D’un point de vue purement médical, je ne vois pas de problème particulier. Je ne comprends pas la disproportion entre le coup de fil de la veille et ce que je constate. Comme une impression de ne pas être au bon endroit, ou de passer à côté de quelque chose. Je tâte le terrain en proposant un peu de rééducation à la marche. Histoire de voir ce qu’on attend de moi. Sa fille m’apprend que les kinés du coin ne se déplacent plus, et que de toute façon, elle a pris contact avec un service de court séjour. Sa mère va y rentrer dans moins d’une semaine.</p>
<p>Du coup, je ne vois vraiment pas ce que je viens faire ici.</p>
<p>Je range mon matériel. Sa fille me propose de passer dans le salon pour que je puisse rédiger la feuille de soin.</p>
<p>On s’assoit autours de la table et je commence à remplir ma paperasse. Je me demande toujours ce que je fous là. Je ne fais pas d’ordonnance, et ça n’a même pas l’air de gêner la fille. Je n’ai pas non plus l’impression de l’avoir rassurée sur quoi que ce soit, elle ne m’a posé aucune question.</p>
<p>Je la regarde du coin de l’œil, assise du bout des fesses sur la chaise en face de moi. Et c’est à ce moment que j’ai percuté. J’ai vraiment été con de ne pas l’avoir compris plus tôt. La visite, ce n’était pas pour sa mère.</p>
<p>Ça paraît tellement évident maintenant. Et je me sens tellement à la ramasse, devant ma feuille de soin, le stylo à la main, que je ne sais pas comment je peux rattraper le coup.</p>
<p>Je pose mon Bic, et je lui demande comment elle envisage la suite. Si elle a réfléchi à l’après. A la sortie du court séjour.</p>
<p>J’aurais pu dire n’importe quoi, elle n’attendait que ça. Que je lui ouvre une porte, sous n’importe quel prétexte.</p>
<p>Alors elle me parle des difficultés de sa mère. Du passage de l’infirmière et de l’aide ménagère qui n’est plus suffisant. De l’impossibilité de la laisser seule depuis la mort de son mari il y a 4 mois. Décédé d’une longue maladie qui n’en finissait pas, avec tout le cortège d’allers et retours aux urgences, d’appels au secours en pleine nuit, de consultations chez les spécialistes et tout ce qui va bien avec. Non, elle sait qu’elle n’est pas prête à remettre ça avec sa mère. Surtout qu’elle est toute seule pour gérer. Son unique frère est décédé il y a 2 ans.</p>
<p>Alors elle pense à une maison de retraite. Elle demandera à l’assistante sociale du court séjour quelles sont les démarches. Elle a commencé à préparer sa mère qui ne s’y est pas vraiment opposée. Mais ça n’a pas arrangé son état. Et depuis elle ne parle quasiment plus.</p>
<p>Elle a continué à me parler de tout ça. Tiraillée entre la culpabilité de placer sa mère, et les doutes sur les décisions qu’elle prend. Sans personne avec qui partager cette responsabilité.</p>
<p>Ce n’était pas une visite urgente, non. Mais Mme Saunier va être hospitalisée lundi. Après, elle ira en maison de retraite. Et ce sera plié. Elle aura quitté cette maison où elle a vécu toute une vie.</p>
<p>Je n’ai pas fait grand chose pour ma patiente. Et j’aurais certainement pu faire plus pour sa fille. Du moins, si je ne m’étais pas pointé là-dedans, la fleur au fusil, armé de ma naïveté.</p>
<p>Mais bordel, où est-ce qu’on apprend à gérer ça ? Quand le sujet de la consultation n’est pas le patient, mais le proche ? Quand la demande, c’est de partager le poids d’une décision dans laquelle le médecin n’a à voir que de loin ? Dans quel bouquin ? Dans quel service hospitalier où le staff hebdomadaire, où la visite avec les chefs et les infirmières diluent le poids des décisions ?</p>
<p>Ce n’est pas la première fois que ça m’arrive. Mais comme à chaque fois, j’ai l’impression d’être projeté au mauvais endroit, au mauvais moment. Je me retrouve à côté de mes pompes,  à comprendre avec un train de retard, et à devoir improviser.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>NB : une fois de plus, merci à <a href="http://toutetrien.fr">toutetrien.fr</a> pour la photo. Ça fait un moment que je n’ai pas pris le temps d’arpenter les chemins de campagne pour renouveler mon stock.</p>
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		<title>Cher confrère</title>
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		<pubDate>Wed, 10 Oct 2012 16:58:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>drfoulard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[Cher confrère, Je t’écris au sujet de Mme D que tu as vue hier en consultation. D’après ce qu’elle m’a dit, tu n’as pas beaucoup de temps. Aussi vais-je essayer d’être bref. Je voulais juste que tu saches 2 ou &#8230; <a href="http://drfoulard.fr/?p=402">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-medium wp-image-404" title="Cher confrère" src="http://drfoulard.fr/wp-content/uploads/Cher-confrère-226x300.jpg" alt="" width="226" height="300" /></p>
<p style="text-align: justify;">Cher confrère,</p>
<p style="text-align: justify;">Je t’écris au sujet de Mme D que tu as vue hier en consultation.</p>
<p style="text-align: justify;">D’après ce qu’elle m’a dit, tu n’as pas beaucoup de temps. Aussi vais-je essayer d’être bref.</p>
<p style="text-align: justify;">Je voulais juste que tu saches 2 ou 3 choses à son sujet. J’ai fait le tri pour ne pas te faire perdre trop de temps.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle est venue me voir aujourd’hui en sortant du boulot. Comme d’habitude, elle voulait que je lui fasse ses arrêts de travail. Un pour hier où elle avait les examens et la consultation avec toi afin de préparer sa 3<sup>ème</sup> insémination artificielle. Et un pour demain et après-demain où elle aura d’autres examens et la fameuse insémination.</p>
<p style="text-align: justify;">Je suis assez étonné que ce ne soit pas toi qui les lui fasses. D’ailleurs, elle te l’a demandé. Mais tu as jugé qu’elle pouvait très bien aller travailler et s’arranger avec son employeur pour qu’il la libère le temps nécessaire, et qu’elle retourne ensuite au boulot. Elle t’a fait comprendre que ce n’était pas possible. C’est là que tu lui as dit de s’adresser à moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Je ne sais pas quelles sont tes raisons mais tu as souvent du mal à faire les arrêts maladie des patients que tu as convoqués en consultation, ou qui viennent faire les examens que tu as demandés. Parfois aussi, tu as du mal à faire les bons de transport. Il y a peut-être une très bonne raison à cela, mais elle m’échappe. Pourtant, ça leur éviterait quelques consultations et cavalcades inutiles. Ensuite, il faut que tu saches que Mme D est guichetière à la SNCF. Alors nous, les médecins, quand on est malade, on ne s’arrête pas. C’est un choix personnel. On a beaucoup de boulot, on se croit indispensable, on pense être des surhommes… Mais on ne peut pas en exiger autant des autres. De la même manière, quand on a un rendez-vous, on ferme le cabinet, ou comme toi à l’hôpital, on se fait remplacer par un collègue le temps nécessaire, puis on reprend là où on en était, quitte à finir un peu plus tard. Mais voilà, Mme D est donc guichetière à la SNCF. Si tu prends les transports, tu as du remarqué qu’il y a souvent des guichets fermés. Pas assez de personnel. Alors est-ce que tu penses sérieusement que le N+1 de Mme D va lui dire «okay cocotte, vas-y, prends le temps qu’il faut pour traverser la région et voir ton toubib qui a toujours 2 heures de retard. Je garde la boutique pendant ce temps là, ne t’en fais pas.»</p>
<p style="text-align: justify;">Donc non, tu ne peux pas lui proposer ça. C’est assez mal venu.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin bon, ne t’inquiète pas, je lui ai fait son arrêt pour hier. Même si hier je ne bossais pas, et que du coup, c’est un faux certificat qui pourrait me retomber sur le coin du nez. Et je lui ai aussi fait son arrêt pour demain et après-demain, que j’ai bien sûr signé en date de demain, puisque ce matin elle est allée travailler. Et comme moi demain je ne remplace pas, là aussi, c’est un arrêt qui pourrait facilement poser problème. Mais on n’est plus à ça près.</p>
<p style="text-align: justify;">Ah, et puis j’ai aussi fait les arrêts qu’elle m’a demandés pour son mari. Je n’ai pas eu la chance de le voir, il était au travail. Mais lui aussi s’est absenté hier pour la consultation avec toi et pour les examens que tu avais demandés. Et lui aussi sera aussi absent demain et après-demain.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors vraiment, ça aurait été sympa que tu les fasses, ces arrêts. Pour Mme D et puis pour moi qui me bats tout le temps pour que les patients comprennent qu’un certificat, une ordonnance, ou un arrêt, ça se fait en consultation, surtout si je ne les ai jamais vus auparavant. Moi qui refuse de faire les arrêts maladie antidatés parce que c’est à limite de la légalité, sauf quand c’est de ma faute si n’ai pas pu les voir à temps en consultation. Du coup, là, je culpabilise un peu. Parce que si je l’ai fait pour eux, pourquoi je ne le ferais pas pour les autres ? Où est-ce que je mets ma limite à l’exception ? Mais bon, ça ne regarde que mon éthique personnelle, je ne vais pas t’embêter avec mes états d’âme.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais rassure toi, Mme D ne t’en veut absolument pas. Elle a bien vu à ton retard et au monde qui attendait pour te voir que tu étais très occupé. D&rsquo;ailleurs, peut-être que moi aussi je devrais prendre un peu de retard et avoir du monde en salle d’attente. Ça me donnerait sûrement un air un plus sérieux et important.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle se dit aussi que c’est normal que tu ne lui poses pas ce genre de question et que tu ne t’intéresses pas à ces choses là de sa vie. Ton travail a l’air si technique : des prises de sang par là, des échographies par ici, des trucs et des bidules que tu trifouilles sur ton ordinateur. Elle sait bien que c’est un travail difficile que tu fais. Alors du coup, elle est bien désolée de devoir me demander tout ça à moi. Elle se rend bien compte que c’est un peu limite. Mais bon, elle est contente, ça lui a fait du bien de discuter un peu.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà. J’espère que je ne t’aurais pas trop retardé.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Bien confraternellement, comme on dit entre nous</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ah oui, au fait, je me suis permis de lui prolonger son arrêt d’une journée après l’insémination, histoire de pousser jusqu’au week-end. Comme elle doit se lever le matin à 3h pour être derrière son guichet à 5h, on n’était pas sûr que ce soit très recommandé. Rapport à la l’insémination. En plus c’est la troisième tentative. Ce serait bien qu’on mette toutes les chances de son côté. Histoire qu’elle n’ait pas de remord, au cas où. Elle voulait t’en parler hier. Mais elle n’a pas osé, tu avais l’air pressé.</p>
<p style="text-align: justify;">
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		<title>Daniel</title>
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		<pubDate>Thu, 20 Sep 2012 18:01:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>drfoulard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[Je m’inquiète un peu pour Daniel. Pas parce que sa femme l’a quitté pour un autre en le laissant avec les deux mômes et le chien. Il s’y attendait plus ou moins. Il sentait que leur couple battait de l’aile. &#8230; <a href="http://drfoulard.fr/?p=390">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-medium wp-image-394" title="Photo 13-01-12 11 45 43" src="http://drfoulard.fr/wp-content/uploads/Photo-13-01-12-11-45-43-300x222.jpg" alt="" width="300" height="222" />Je m’inquiète un peu pour Daniel.</p>
<p style="text-align: justify;">Pas parce que sa femme l’a quitté pour un autre en le laissant avec les deux mômes et le chien. Il s’y attendait plus ou moins. Il sentait que leur couple battait de l’aile.</p>
<p style="text-align: justify;">Pas non plus parce qu’il pense à toutes ses erreurs passées. Que peut-être… Que si seulement… Que s’il avait…</p>
<p style="text-align: justify;">C’est vrai, dans le fond, il n’est pas très malin. Il n’a pas non plus été au lycée. Mais il se démène. Et quand il me raconte tout le mal qu’il s’est donné pour payer une baraque à sa famille, que c’est pas de sa faute s’il ne sait pas montrer son affection, qu’il aurait voulu faire autrement, je sens bien que ça va être dur de remonter la pente.</p>
<p style="text-align: justify;">Non. Ce qui me dérange, c’est plutôt cette impression désagréable, un peu floue, qu’il va se faire avoir dans les grandes largeurs. Et qu’il va y laisser plus que du fric.</p>
<p style="text-align: justify;">Faut le comprendre Daniel. Ce soir là, quand sa femme a fait sa valise, il a fallu contenir la crise d’angoisse qui montait. Parce que pour la première fois, il se retrouvait tout seul. Parce que demain, il y aurait la nouvelle à annoncer aux gamins. Parce que cette fois là, elle était vraiment partie. Trouver une solution. Ne pas craquer. Demander de l’aide. A 23h. A qui ?</p>
<p style="text-align: justify;">Alors il s’est rappelé de ce gars. C’est un copain qui lui en avait parlé, quand ils avaient évoqué ses problèmes de couple. « J’connais un mec, écoute, prends son numéro, et si ça va pas, appelle le, c’est un genre de magnétiseur, il est disponible H24. »</p>
<p style="text-align: justify;">Et en pleine nuit, il avait appelé le mec en question. Eric. Oui, il se faisait appeler par son prénom. « Pas de monsieur entre nous, pas de vous, ça met des barrières psychiques, ça empêche le flux de circuler ». Et il était venu en pleine nuit pour lui faire une apposition des mains, ou un truc du genre. Ça lui avait « débloqué un barrage émotionnel ». Et ce barrage émotionnel, c’est ce qui était responsable de ses difficultés à exprimer ses sentiments. Et c’est pour ça que sa femme se barrait aujourd’hui. CQFD.</p>
<p style="text-align: justify;">Eric lui avait dit qu’il faudrait travailler à démolir ce barrage. D’ailleurs, en lui manipulant les pieds pour rétablir je sais plus trop quel flux, Eric avait senti qu’il s’était passé quelque chose quand Daniel était môme. Il avait arrêté son massage plantaire, l’avait regardé dans les yeux, gravement, et lui avait demandé ce qui lui était arrivé quand il avait 9 ans. Et effectivement, en cherchant bien, à 9 ans, Daniel se souvenait que ses parents s’étaient sacrément engueulés. C’était bien la preuve qu’Eric n’était pas un charlatan.</p>
<p style="text-align: justify;">La séance de tripotage de pieds terminée, Eric lui avait demandé de rencontrer une consoeur avec qui il avait l’habitude de travailler. Il lui avait donné son numéro en précisant bien qu’il pouvait l’appeler de jour comme de nuit.</p>
<p style="text-align: justify;">Il lui avait aussi demandé de prendre rendez-vous avec le médecin que je remplace. Là, j’ai eu du mal à comprendre ce que ça venait faire dans leur choucroute. Du coup, je me suis dit que je me faisais des films, et qu’à part être un gros charlatan, il n’était peut-être pas si nuisible que ça.</p>
<p style="text-align: justify;">On avait discuté un peu de tout ça. Il tenait à rencontrer la consoeur en question. Histoire  de vider ce qu’il avait sur le cœur. Il en attendait beaucoup. Il allait aussi rappeler Eric, les angoisses se pointaient de nouveau.</p>
<p style="text-align: justify;">Je n’ai rien dit. Je me suis dit, pas de panique, tu te monte le bourrichon tout seul, de toute manière, du Eric, il en a plein la bouche, si tu commences à lui dire de se méfier, tu le reverras jamais. En plus, pour l’instant, c’est ça qui le maintient à flot, le Daniel, alors ne vas pas lui enlever sa bouée.</p>
<p style="text-align: justify;">Je lui ai fixé le prochain rendez-vous « histoire de faire le point », et moi de m’assurer qu’il ne se fourrait pas dans le pétrin.</p>
<p style="text-align: justify;">La fois suivante, il avait vu la nana. Juste la veille. Une psychologue en fait. C’était déjà ça.</p>
<p style="text-align: justify;">Elle l’avait reçu pendant 2 heures. Je trouvais que ça faisais beaucoup, mais bon, pourquoi pas. Ça m’arrive bien de garder un patient une heure, alors qu’une consultation dure 20 minutes en moyenne.</p>
<p style="text-align: justify;">Et son histoire l’avait beaucoup touchée. A tel point qu’elle lui avait proposé de ne pas payer les prochaines séances si l’argent était un problème. Et ils devaient se revoir 2 jours plus tard. En attendant, il l’avait bien casquée, la première séance de 2 heures.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors je me retrouve avec ce bonhomme, qui pleure tout les larmes de son corps, qui manifestement ne va pas bien du tout, qui n’a qu’une idée en tête, c’est de revoir sa psychologue et son magnétiseur, dont je ne suis vraiment pas persuadé qu’ils agissent pour son bien.</p>
<p style="text-align: justify;">Et je lui prolonge son arrêt maladie, en lui donnant la date de notre prochain rendez-vous.</p>
<p style="text-align: justify;">Et je me dis qu’entre deux éventuels manipulateurs et un généraliste potiche qui leur sert probablement d’alibi en contemplant le désastre sans bouger les bras, Daniel, il est pas sorti de l’auberge.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le genre escroc, à lui fixer des rendez-vous d’autorité, si c’est pour ne rien faire, je suis quand même pas mal non plus.</p>
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		<title>Privés de déserts</title>
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		<pubDate>Mon, 03 Sep 2012 07:00:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>drfoulard</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[On ne peut pas vraiment dire que j’ai grandi à la campagne. On ne peut pas vraiment dire non plus que c’était la ville. Une école primaire avec 3 ou 4 classes, selon les années, souvent des doubles niveaux. Les &#8230; <a href="http://drfoulard.fr/?p=365">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-medium wp-image-379" title="IMG_0020" src="http://drfoulard.fr/wp-content/uploads/IMG_0020-223x300.jpg" alt="" width="223" height="300" />On ne peut pas vraiment dire que j’ai grandi à la campagne. On ne peut pas vraiment dire non plus que c’était la ville.</p>
<p style="text-align: justify;">Une école primaire avec 3 ou 4 classes, selon les années, souvent des doubles niveaux. Les sorties scolaires, elle se faisaient au bout de la rue de l’école, dans la forêt qui bordait les champs et les étangs.</p>
<p style="text-align: justify;">Le collège drainait les gamins de patelins que je ne connaissais pas avant. Des petits bleds, 15 km à la ronde.</p>
<p style="text-align: justify;">Quant au lycée, on était 16 dans ma classe.</p>
<p style="text-align: justify;">Le monde merveilleux. L’île aux enfants.</p>
<p style="text-align: justify;">La première année de médecine, ce fut un choc.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis deux ans de répit.</p>
<p style="text-align: justify;">Après, il y a eu les stages hospitaliers. Nouvelles galères. Encore plus pour ceux qui revendiquaient leur envie de faire de la médecine générale. Et pendant ce temps là, on n’était quand même pas cher payé. Alors il a fallu bosser à côté. Pour tenir sur la longueur. Parce que papa et maman, ils faisaient ce qu’ils pouvaient, mais bon…</p>
<p style="text-align: justify;">Alors voilà :</p>
<p style="text-align: justify;">Quand j’entends qu’on veut m’installer dans un coin abandonné, à coup de coercition, d’obligation, d’interdiction. Qu’en échange, on va « limiter » les dépassements d’honoraires des médecins en secteur 2 (mais pas trop, hein). Lesquels sont souvent installés dans les coins les plus médicalisés. Et qui sont en partie ceux qui prennent les décisions au nom de la profession.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand j’entends que c’est bien la moindre des choses, que je dois bien ça aux pauvres gens qui ont payé leurs impôts pour financer mes études. Ceux là même que j’ai brancardés dans les couloirs de l’hôpital. Ceux-là même que j’ai reçus aux urgences, à 2 heures du matin, pour écouter leurs angoisses. Ceux-là même dont j’ai épongé le vomi un réveillon de noël.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand j’entends que je suis un petit con qui refuse tout en bloc, mais qui n’avance aucune solution. Que je ferais bien d’écouter les grandes personnes qui savent.</p>
<p style="text-align: justify;">Et bien quand j’entends tout ça, j’ai quand même bien mal au cul.</p>
<p style="text-align: justify;">Parce si on m’avait dit que ça finirait comme ça, et que je me prendrais tout ça dans la tronche, je suis pas sûr que j’y serai allé la fleur au fusil.</p>
<p style="text-align: justify;">Alors avec les copains généralistes-bloggeurs, on a réfléchi. Ça fait parti de nos compétences, un peu.</p>
<p style="text-align: justify;">Et on s’est dit que vu le niveau de ce qu’on entend ici et là, on n’a pas à rougir de nos idées.</p>
<p style="text-align: justify;">Et on s’est mis au boulot.</p>
<p style="text-align: justify;">Pardon pour les autres. Ceux qui n’ont pas été contactés. Sachez que nos propositions sont nées de nos discussions à tous. Celles que nous avons sur nos blogs. Celles que nous avons sur Twitter. Celles que nous avons sur nos forums, nos listes de diffusions.</p>
<p style="text-align: justify;">On a du restreindre le groupe de travail pour que ça ne soit pas trop le bazar. On aurait bien voulu inviter plus de monde à la table. Ça aurait été compliqué.</p>
<p style="text-align: justify;">Maintenant que nous avons dépiauté le sujet en mille morceaux, maintenant que nous l’avons tourné et regardé sous toutes ses coutures, maintenant que nous en avons fait un beau bébé qui nous ressemble, on s’est dit que c’était le moment de faire les présentations avec le reste de la communauté.</p>
<p style="text-align: justify;">Et voila : <a href="http://drfoulard.fr/wp-content/uploads/Médecine-générale-2_0.pdf" target="_blank">Médecine générale 2.0</a></p>
<p style="text-align: justify;">Chacun des signataires en a publié une version sur son site.</p>
<p style="text-align: justify;">Et nous serons heureux de faire remonter les discussions, les commentaires, les suggestions qui suivront la publication. Afin de donner tout son sens à ce que nous avons voulu nommer nos propositions 2.0 pour une réforme de la médecine générale.</p>
<p style="text-align: justify;">Et pour ceux qui pensent que ça vaut le coup de tenter l’aventure, nous avons pensé que le site Atoute.org serait le meilleur endroit pour centraliser les manifestations de soutien.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ici : <a title="Médecine générale 2.0 : le soutien" href="http://www.atoute.org/n/Medecine-Generale-2-0.html" target="_blank">Médecine Générale 2.0 &#8211; le soutien</a></p>
<p style="text-align: justify;">Quant aux signataires, ce sont eux :</p>
<p style="text-align: justify;"><a title="Anthologia" href="http://www.anthologia.fr" target="_blank">AliceRedSparrow</a> – <a title="Le Blog de Borée" href="http://boree.eu" target="_blank">Borée</a> – <a title="Le Bruit des sabots" href="http://lebruitdessabots.blogspot.fr" target="_blank">Bruit des sabots</a> – <a title="En attendant H5N1" href="http://enattendanth5n1.20minutes-blogs.fr" target="_blank">Christian Lehmann</a> – <a title="Stétho, marmots, dodo et autres petits bobos" href="http://docmaman.canalblog.com" target="_blank">Doc Maman</a> – <a title="Cuisine, médecine et toute cette sorte de choses" href="http://souristine.blogspot.fr" target="_blank">Doc Souristine</a> – <a title="Bulle de vie, Bulle de survie" href="http://bulledeviebulledesurvie.over-blog.com" target="_blank">Doc Bulle</a> – <a title="Journal de bord d'une jeune généraliste de Seine-Saint-Denis" href="http://www.docteurmilie.fr/wordpress" target="_blank">Docteur Milie</a> – <a title="Le Blog du docteur V." href="http://docteurv.com" target="_blank">Docteur V</a> – <a title="Atoute" href="http://www.atoute.org" target="_blank">Dominique Dupagne</a> – <a title="Docteur Couine - femme médecin" href="http://ledocteurcouine.wordpress.com" target="_blank">Dr Couine</a> – <a title="Le Blog d'un interne en médecine générale" href="http://drfoulard.fr" target="_blank">Dr Foulard</a> – <a title="Le Fils du Dr Sachs" href="http://docteursachs.unblog.fr" target="_blank">Dr Sachs Jr</a> – <a title="Behind the Mask" href="http://drstephane.fr" target="_blank">Dr Stéphane</a> – <a title="Le Blog de dzb17" href="http://dzb17.com" target="_blank">Dzb17</a> – <a title="H TEXNH MAKPH" href="http://tekhnemakpe.blogspot.fr" target="_blank">Euphraise</a> – <a title="Farfadoc" href="http://farfadoc.wordpress.com" target="_blank">Farfadoc</a> – <a title="Promenade de Santé" href="http://fluorette.over-blog.com" target="_blank">Fluorette</a> – <a title="Sous la Blouse" href="http://sous-la-blouse.blogspot.fr" target="_blank">Gélule</a> – <a title="Les carnets d'un médecin de montagne" href="http://genoudesalpages.blogspot.fr" target="_blank">Genou des Alpages</a> – <a title="Granadille" href="http://granadille.wordpress.com" target="_blank">Granadille</a> – <a title="Juste Après Dresseuse D'Ours" href="http://www.jaddo.fr" target="_blank">Jaddo</a> – <a title="Sommatinoroots" href="http://sommatinoroots.blogspot.fr" target="_blank">Matthieu Calafiore</a> – <a title="1 Bouffée matin et soir" href="http://1bouffeematinetsoir.wordpress.com" target="_blank">Yem</a></p>
<p style="text-align: justify;">Merci à tous</p>
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