Récemment, DocMaman a écrit un très bon billet sur la grippe d’homme. Il n’en a pas fallu plus pour que, quelques jours plus tard, je tombe malade. Ça, et comme me l’a dit une copine, que je sois allé retourner mon potager à moitié à poil par 4 degrés. Et encore, heureusement ai-je pensé à mettre mes chaussons le soir. À marcher pieds nus, j’aurais certainement attrapé une pneumonie.
Bref.
Alors je n’ai pas l’intention de faire pleurer dans les chaumières, je sais très bien que je ne vais pas mourir, mais comme je n’ai pas l’intention d’aller consulter, il faut bien que j’épanche mes souffrances quelque part.
Alors moi, ça commence toujours pareil, par une gêne lointaine, quasiment imperceptible, quelque part du côté du fond de la gorge. Au début, je me dis «c’est la soif, bois!». Donc je bois. Mais ça ne passe pas, je sens toujours ce truc qui me gêne, comme si mes chaires étaient écorchées vives. En moins prononcé, hein, attention, qu’on n’aille pas dire que j’en rajoute.
Donc je me dis «c’est pas la soif, arrête de boire, tu vas pisser partout»… «Mais si c’est pas la soif, qu’est-ce donc, diantre?». Alors je réfléchis. Les pollens? On est au mois d’avril, ça pourrait. Sauf qu’il fait encore 3 degrés le matin et que la végétation est loin d’être luxuriante. Alors, qu’est-ce? Attendez … Mon dieu… Non… Pas ça… Je suis malade!
Pas possible. Je ne peux pas être malade (phase de déni, autrement appelée la politique de l’autruche).
Hop un coup de pschitt anti-allergique dans le nez, sur un malentendu, ça marchera peut-être.
Et force est de constater que le pschitt antiallergique n’y fait rien.
Alors ensuite, après la gêne dans la gorge, généralement, je commencer à avoir plein de glaires. Je prends ma température, 37,5, j’ai de la fièvre (oui, j’ai une température basse, alors 37,5, chez moi, c’est de la fièvre, je monte jamais en température…).
Heureusement, ça ne tombe jamais sur les bronches. Normal, les docteurs ils ont les médicaments qu’ils se gardent pour eux qu’ils veulent pas donner aux patients pour pas que ça tombe sur les bronches.
Et donc ces glaires s’accumulent. Et ça me fait une boule dans la gorge qui me donne des éructations (notez le langage médecin : éructations. C’est-à-dire que j’arrête pas de roter). Et la nuit c’est pire. La première nuit, quand j’attrape la crève, c’est un supplice. Je n’arrive pas à fermer l’oeil, je passe mon temps à avoir des éructations (langage médecin, maintenant que vous maîtrisez), et à crachouiller des petits glaviots (langage non-médecin, je n’ai pas trouvé l’équivalent de «crachouiller des petits glaviots» dans les ouvrages de référence). Mais clairs, les glaviots. Au début au moins. Après, ça devient jaune. Et puis vert. Mais ça, c’est au bout de quelques jours.
Bref. Et donc là, confirmation, la gêne dans la gorge, la boule asphyxiante, les éructations, puis les glaviots. : je suis bien malade (phase d’acceptation de la maladie). Et c’est parti pour 5 jours. Le nez qui va commencer à couler, les sinus qui vont faire mal, la toux bien caverneuse à réveiller les morts.
Alors au stade des petits glaviots clairs, une seule solution. Autrefois, ma mère m’eût donné de l’Actifed, du Mucomyst et de granules homéopathiques. Notez la logique du truc, homéopathie et Actifed : le placebo associé à la merdasse qui te pète ton anévrisme ou te colle un infarctus. C’est pour compenser je pense : l’absence d’effet secondaire de l’un corrige le cortège d’effets indésirables de l’autre. Et le Mucomyst au milieu pour jouer l’arbitre.
Mais maintenant que je suis armé de mes 9 ans d’études de médecine et que je suis un lecteur émérite Prescrire (séquence auto congratulation), l’homéopathie j’ai un peu lâché l’affaire (et puis le truc 5 granules toutes les heures au début, puis toutes les 2 heures si amélioration, puis… a un côté un peu trop rigide à mon goût). Quant à l’Actifed, c’est vraiment trop limite. Et ça coute un bras, pour une merdasse susceptible de te coller un AVC.
Donc à ce stade, disais-je, il ne reste qu’une solution : le Mucomyst, un «fluidifiant bronchique», sans aucune efficacité au-delà de l’effet placebo…
Sachant que c’est un joyeux placebo, je tente de me raisonner. «Arrête Foulard, tu n’en prescris pas à tes patients, tu pourrais au moins être cohérent! » Je résiste! Je tente tous les trucs classiques! Sérum phy, eau chaude au citron, etc. Mais rien à faire, les glaires s’accumulent, et la boule m’empêche de respirer, et je ne sens plus que ça, et je vais mourir.
Alors je cède. Non pas que j’en attende des miracles, j’ai bien conscience que tout cela relève de la pensée magique et de l’efficacité symbolique. Mais rester comme ça à ne rien faire et attendre que la mort m’emporte, non!
Cependant, les merdes arrivant toujours au même moment, cette fois-ci, point de Mucomyst dans le tiroir à médicament de la salle de bain.
Me voilà donc contraint d’aller à la pharmacie pour le ravitaillement. Évidemment, une fois sur place, hors de question de dire que je suis médecin. LA HONTE! Malade, déjà, alors qu’un médecin, ça n’est JAMAIS malade, hein, soyons clair (et je compte sur votre discrétion, je nierai tout, même sous la torture). D’ailleurs, je ne suis même pas encore docteur, et c’est probablement pour ça que je suis malade. Ensuite, un médecin qui achète du Mucomyst… Soyons raisonnables. C’est comme les médecins qui fument ou qui disent à leur patient de pas manger trop gras trop sucré trop salé et de se coucher tous les jours à la même heure, c’est impensable!
Donc me voilà à la pharmacie.
« – Bonjour, je voudrais une boîte de Mucomyst s’il vous plait.
Didascalies : Pharmacienne coiffée d’une choucroute, la bouche en coeur, la tête légèrement penchée sur le côté mais pas trop sinon la choucroute choit
- Bien sûr Monsieur, mais avant tout, dites-moi, quels sont vos symptômes? »
Chiotte, je ne l’avais pas vue venir, d’habitude c’est mon mec que j’envoie au ravitaillement pour ne pas me payer l’affiche.
« – Heuuuuu, je tousse… Et euuuuuuh, j’ai le nez qui coule… (Notez l’ironie du truc : le médecin qui se gave de placebo, qui ne veut pas consulter, et qui se retrouve obligé de faire part de ses symptômes à un pharmacien!)
D’accord monsieur. Et votre toux, elle est plutôt grasse ou plutôt sèche?»
Mais on s’en fout, bordel! C’est de la nioniotte ton truc, tu le sais autant que moi, alors file-moi ma dose!
Ah mais oui, je suis bête. Le rituel. La salade et la garniture autour du bazar, sinon l’effet placebo tombe à l’eau.
Donc à ce stade de la comédie, trouver la bonne réponse pour mettre fin le plus rapidement possible à cette mascarade.
« – Grasse…? (sous-entendu : «j’ai bon? Je peux avoir ma boiboite?»)
- D’accord (Petits pas constipés de la pharmacienne, petit tabouret, rayon poudre de perlimpimpim, re-petits pas constipés, tête penchée sur le côté). Voilà la boîte de Mucomyst.»
Pfffiou, heureusement que j’ai bien répondu, sais pas quelle merde elle aurait voulu me refourguer à la place.
« – Et sinon, est-ce que vous avez de quoi désinfecter vos voies aériennes pulmonaires? » (Bouche en coeur, tête penchée sur le côté)
La garce, elle m’a pris par surprise. Et j’ai eu du mal à contenir mon étonnement, je crois que toutes mes pensées ont dû se lire sur mon visage : désinfecter? Mon dieu, avec quoi, de l’alcool, de la Bétadine? Les voies aériennes? Quelle idée! J’ai juste des glaires qui me font roter! Les voies aériennes pulmonaires? Mais comment veut-elle s’y prendre pour me désinfecter le poumon? Et puis d’abord, à part les voies aériennes «pulmonaires», c’est où qu’il y en a d’autres, des voies aériennes?
Grand moment de solitude. Où j’ai hésité à mettre fin au truc en m’avouant médecin. Mais j’ai résisté. Trop la honte.
«Non, mais en fait, juste du Mucomyst… s’il vous plait…»

Et une nouvelle semaine de remplacement.


Je m’inquiète un peu pour Daniel.
On ne peut pas vraiment dire que j’ai grandi à la campagne. On ne peut pas vraiment dire non plus que c’était la ville.